Jean Blanchette, un capitaine de la presse locale
À 76 ans, Jean Blanchette mène une vie tranquille avec son épouse, dans leur petite maison verte de Sainte-Marie-de-Blandford. Bridge, pétanque, FADOQ… On pourrait croire qu’il a toujours vécu à ce rythme paisible. Pourtant, pendant près de 30 ans, il a été au cœur de l’action médiatique de la région comme conseiller publicitaire d’abord, puis comme éditeur du Courrier Sud. « Je ne m’en allais pas là pantoute », raconte-t-il en riant.
Originaire de Nicolet, Jean -Blanchette termine en 1973 un baccalauréat en littérature française et en enseignement. Plein d’idéaux, il se voit déjà transmettre sa passion aux élèves du secondaire. Son stage à la polyvalente des Estacades est prometteur : «J’ai eu une classe superbe. On faisait même de la création littéraire».
Mais les années 1970 sont celles du «chômeur instruit». Malgré tous ses efforts, il ne trouve pas d’emploi. Un appel de dernière minute d’une commission scolaire anglophone de Châteauguay lui ouvre une porte dans l’enseignement du français langue seconde. Cinq classes, une école de 3200 élèves… et une immense désillusion : «À Noël, j’étais au bord de la dépression». Il termine l’année scolaire, mais décide de ne pas renouveler son contrat.
Un virage inattendu
De retour à Nicolet à l’été, Jean tombe sur une offre d’emploi dans Le Courrier Sud : on cherche un conseiller publicitaire. Il contacte Jean Provencher, directeur des ventes et ancien camarade d’école. «Il m’a dit: C’est toi que ça me prend». Sans expérience en vente, il accepte le poste.
Dès les premiers jours, il réalise qu’il a peut-être trouvé sa voie. Son premier client, Bertrand Benoît, un vendeur de machines agricoles, est resté fidèle pendant des années. «Il avait tout son matériel publicitaire en anglais. Je lui ai tout traduit. Il m’a pris quatre pages dès le départ.» Sa réussite impressionne la direction.
De 1974 à 1979, Jean Blanchette s’impose déjà comme un pilier de l’équipe. Mais des tensions internes mènent à un projet de journal concurrent : Le Régional. L’aventure, pilotée par quatre employés du Courrier Sud et l’homme d’affaires Léo Tourigny durera… une semaine ! Guy Rouleau, alors à la tête du Courrier Sud, propose au groupe de racheter le journal. La fusion est officialisée dès l’été 1979. Jean Blanchette devient actionnaire et, un peu plus tard, directeur général et éditeur du Courrier Sud.
L’essor du Courrier Sud
Sous sa direction, Le Courrier Sud connaît ses plus belles années. En 1984, Gesca rachète le journal, mais Jean reste en poste. Le journal atteint son apogée vers 1986, avec des publications hebdomadaires atteignant en moyenne 96 pages. « On avait 22 employés. Les bureaux étaient pleins et le sous-sol débordait de machinerie. »
En plus de la gestion quotidienne, Jean Blanchette signe des éditoriaux et s’implique dans certains dossiers régionaux lui tenant particulièrement à cœur.
L’arrivée d’Internet cause un léger ralentissement, mais l’entreprise reste rentable. Elle génère des profits nets de 100 000 $ par an. En 2001, Transcontinental s’entend avec Gesca et rachète l’ensemble des hebdos du groupe, dont Le Courrier Sud.
Une retraite sur l’eau… ou presque !
En 2003, à 55 ans, Jean -Blanchette prend sa retraite pour réaliser un rêve : vivre à bord d’un voilier qu’il a construit de ses mains pendant 11 ans. Avec sa femme, il quitte Trois-Rivières en septembre 2004. Mais le rêve s’effrite rapidement : «On est parti beaucoup trop tard. On est parti dans le temps des tempêtes. On s’est fait ramasser dans l’Atlantique! On a eu peur».
Désillusionné, le couple vend le bateau et revient dans la région. Il s’installe alors à Sainte-Marie-de-Blandford, dans la maison modeste qu’il occupe encore aujourd’hui. Depuis, Jean mène une vie simple et active. Il a été facteur rural remplaçant pendant 12 ans, blaguant qu’il a bouclé la boucle de son bac en lettres… «en livrant des lettres».
Quand il repense à sa carrière au journal, ce sont les moments précieux passés avec les membres de l’équipe qui lui reviennent en tête, comme les longues journées de montage du journal, le vendredi, avec son collègue Rosaire Lemay : «C’était fort, tout ça. Le journal, c’était une famille».
