Guerre tarifaire : un appel à la diversification pour la région
BÉCANCOUR Dans un contexte d’incertitudes liées aux relations Canada – États-Unis, les panélistes du Nouvel An Économique de la Chambre de commerce et d’industrie du Coeur-du-Québec ont dressé un portrait réaliste de la situation économique au pays. Réunis devant des entrepreneurs de la région, la sénatrice Martine Hébert et l’économiste Miguel Ouellette ont lancé un appel clair : l’importance de diversifier les marchés.
PAR ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
« La relation avec les États-Unis ne sera plus jamais la même », résume Martine Hébert, qui compare le Canada à un funambule marchant au-dessus d’une mare de crocodiles. Sénatrice experte en affaires économiques et en relations diplomatiques, elle soutient que la région demeure un pôle prioritaire pour l’économie, même face à un voisin imprévisible.
Pour l’économiste Miguel Ouellette, la mise en place des tarifs par le président américain n’a eu qu’un seul mérite : sonner le réveil pour les entreprises canadiennes.
« Il y a beaucoup d’entreprises qui se font dire de diversifier leurs marchés. Je pense que vous le savez dans la salle, ce n’est pas aussi facile », lance l’économiste. « Toutefois, et on le voit dans les données, le commerce interprovincial devient extrêmement important, même fondamental. »
Malgré les tensions tarifaires avec son principal partenaire, le Canada a enregistré une croissance économique d’environ 1,5 %, souligne Miguel Ouellette. À la lumière des échanges avec des entrepreneurs locaux, il y voit surtout un impact concret : l’incertitude et la perte de confiance avec d’anciens partenaires américains.
La diversification, seule issue viable
Pour contrer cette dépendance avec les voisins du Sud, la stratégie n’est pas simple et comporte plusieurs volets. Le maintien de bonnes relations économiques et diplomatiques avec l’Union européenne constitue pour Martine Hébert une première piste de solution.
« Quand on voit la situation actuelle, on a raison d’être inquiets et on a raison de consolider nos amitiés encore plus avec nos partenaires à l’international. Par exemple avec l’Union européenne, dont on a besoin non seulement au niveau économique, mais au niveau de la défense et de la sécurité. »
Il en va de même pour la relation avec la Chine, qui gagnerait à devenir un partenariat plus solide tout en restant « transactionnelle ». L’accord signé entre le premier ministre canadien et son homologue chinois est « raisonnable », soutient la sénatrice, qui qualifie d’« inévitable » la démarche de Mark Carney. « On n’est pas dans une perspective où on envahit le marché et où on va tuer le marché nord-américain de l’automobile. »
Main-d’œuvre : la nécessité de l’immigration
« On se tire dans le pied si on continue avec les politiques de restriction qu’on a. Parce que force est de constater qu’on n’a pas cette main-d’œuvre-là ici », lance Martine Hébert. « Une autre condition importante pour arriver à réaliser ce qu’on veut faire, ça va être d’avoir les travailleurs et les travailleuses dont on a besoin pour faire ça. »
À l’échelle québécoise, un seuil d’accueil fixé à 45 000 par an n’est pas assez pour couvrir la stagnation démographique actuelle. « Les décès ont surpassé les naissances depuis l’année dernière au Québec. Donc, ça veut dire que la seule source de croissance qu’on a vient de l’externe, c’est l’immigration », rajoute Miguel Ouellette.
Autre solution à considérer : l’automatisation, que Miguel Ouellette voit comme « le nerf de la guerre » pour augmenter la productivité, tout en minimisant les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre.
