“Aurore entre mythe et réalité”: un documentaire sur la vraie histoire
FORTIERVILLE. Si tout le monde croit connaître l’histoire d’Aurore l’enfant martyre, ce n’est pas nécessairement le cas. Malgré le fait que ce drame ait marqué le paysage québécois depuis qu’il est survenu, il n’en demeure pas moins que plusieurs faits sont demeurés sous silence.
C’est donc pour mettre en lumière la véritable histoire d’Aurore Gagnon, décédée en février 1920 à Fortierville, que ce documentaire, produit et scénarisé par Jean-Simon Chartier et réalisé par Sébastien Rist et Aude Leroux-Lévesque, sera diffusé en avant-première à Fortierville le 6 décembre et sur les ondes d’Ici Radio-Canada le 8 décembre à 20 h.
En entretien téléphonique, Aude Leroux-Lévesque a expliqué que l’idée derrière ce projet documentaire était de se questionner pour savoir comment l’histoire était devenue ce qu’elle est, mais aussi pour défaire les mailles de tous les aspects qui y sont reliés.
“En creusant, on a réalisé qu’il y a plein de choses qu’on ne savait pas. On retient les grandes lignes, ce que tout le monde nous a répété, mais il y a beaucoup de détails qui existent dans le domaine public”, a-t-elle souligné.
Le documentaire s’est ainsi donné comme mission de fouiller les archives, de montrer les pièces à conviction et d’aborder les différents aspects (médiatiques, médicaux, judiciaires, historiques, etc.) entourant la vie et le décès de cette fillette. “En analysant la pièce de théâtre et les films sur le sujet, on réalise que l’époque influence comment on va décider de raconter cette histoire, comme les choix individuels de chaque artiste”, ajoute la réalisatrice.
Bien sûr, il met de l’avant ce drame vécu par Aurore et sa belle-mère Marie-Anne Houde, mais aussi comment il a été relayé, déformé et est même devenu une pièce de théâtre, peu après le décès de la fillette, et qui a été vue plus de 5000 fois.
Il y a aussi ces deux films, celui de 1952 et l’autre de 2005, qui ont montré divers aspects de l’histoire avec des yeux différents, ceux de leur époque. “Nous voulions faire la part des choses et faire la lumière, en étant conscients du contexte historique et sans dédouaner personne”, ajoute Aude.
C’est ainsi qu’on découvre l’ampleur des documents entreposés aux Archives nationales du Québec qui relatent notamment le verdict du coroner et les procédures judiciaires et qu’on refait la genèse de ce qui a mené au terrible décès de la petite Aurore.

L’affiche du documentaire (Photo courtoisie)
L’équipe de tournage s’est aussi rendue à Fortierville, où s’est déroulée l’histoire où, comme l’explique la réalisatrice, l’accueil a été chaleureux. “Les gens étaient heureux d’en parler, autant des Gagnon qu’Yvonne du Centre d’interprétation. Ils veulent faire honneur à la jeune fille et rectifier les faits”, a-t-elle indiqué. Seulement à une reprise, a-t-elle entendu, quelqu’un dire “Oh non pas encore…”.
Bien entendu, le film présente des images de la tombe d’Aurore, de même que de la maison qu’elle habitait, mais aussi des témoignages de policiers, historiens et avocats qui expliquent qu’aujourd’hui les choses se seraient passées autrement.
“J’ai accepté de participer à ce projet parce que j’y voyais l’opportunité de poser des questions de société”, mentionne Aude. D’ailleurs, à la fin du documentaire, une référence à l’affaire de la petite fille de Granby, décédée en 2019, vient dénoter que malgré le fait que des outils et mécanismes ont été mis en place depuis Aurore, des cas de maltraitance d’enfants surviennent malheureusement encore.
C’est donc une occasion de mettre en lumière, avec un certain recul et une autre perspective, tout ce qui entoure le décès d’Aurore Gagnon. Une mort qui transcende les années et l’imaginaire autant de ceux qui ont vu les films que des autres. “Moi je n’avais pas vu les films et ça n’avait pas marqué mon enfance, mais je connaissais quand même l’histoire”, exemplifie Aude.
Aurore entre mythe et réalité permet donc d’apprécier le travail de recherche réalisé afin d’expliquer les pourquoi et comment de cette histoire et comprendre comment se crée un mythe. Enfin, le documentaire tente de retisser le fil de ce drame familial et de comprendre comment il a pu traverser les générations.
