“Aujourd’hui, on bloque les rues, mais ce qu’on veut vraiment, c’est ouvrir les yeux!”, lance Sarah Jacques
MOBILISATION. Près de 150 personnes issues de 33 organismes communautaires des MRC de Bécancour et de Nicolet-Yamaska se sont rassemblées le lundi 30 mars devant le bureau du député Donald Martel afin de dénoncer le sous-financement chronique du milieu communautaire et réclamer un rehaussement du financement à la mission.
PAR FATOUMATA DAPA/ fdapa@icimedias.ca
Réunis de 8h30 à 13h sur l’avenue Godefroy à Bécancour, les participants ont pris part à une mobilisation s’inscrivant dans le mouvement provincial Le communautaire à boutte, qui se déroule partout au Québec du 23 mars au 2 avril.
Au cœur de l’action locale figurait un barrage routier symbolique visant à illustrer les limites des collectes de fonds comme solution au manque de financement public. Pendant plusieurs heures, les organismes ont sollicité des contributions volontaires auprès de la population.
Au total, une somme de 137,52$ a été amassée, soit 4,16$ par organisme, un résultat que les organisateurs ont présenté comme une démonstration concrète des limites de ce modèle de financement.
“Le communautaire, ce n’est pas un simple extra. Ça constitue une composante essentielle de notre tissu social. Ça soutient des actions et des ressources qui font une différence réelle dans la vie des gens”, a souligné Marie-Ève Boisvert, de la Corporation de développement communautaire de la MRC de Bécancour, lors de l’ouverture de la mobilisation.
Revendiquer un financement stable
Les représentantes locales ont profité de l’événement pour rappeler les principales revendications du mouvement, notamment l’obtention d’un financement stable, récurrent et adapté aux besoins croissants des organismes.
Selon Katherine Lachapelle, représentante représentante locale du mouvement (TDL Mauricie et Centre-du-Québec), la mobilisation vise à faire reconnaître le rôle essentiel du milieu communautaire dans les communautés.
“Présentement, on est à bout. Le communautaire est important. On est essentiel. Il y a plusieurs besoins qui existent, qui émergent, et on doit pouvoir y répondre”, a-t-elle affirmé en entrevue.
Elle a également insisté sur la nécessité d’une discussion directe avec le gouvernement. “On demande une table, on veut négocier, on veut être entendus. On n’est pas pris au sérieux depuis des années”, a-t-elle ajouté.
Par ailleurs, Isabelle Bombardier, directrice du Centre d’action bénévole de Nicolet, insiste sur l’ensemble des revendications et la volonté du milieu communautaire de réclamer le départ de la ministre Chantal Rouleau pour cause de “non-écoute”. “Il y a aussi la possibilité d’une phase 3 avec une grève illimitée, générale illimitée. On va aussi réclamer aujourd’hui la démission de la ministre Rouleau. On est rendu là. On est méprisés en ce moment. Mme Rouleau rit de nous, elle ne connaît pas nos dossiers, ce n’est pas important pour elle, donc on va demander sa démission”, affirme-t-elle.
Les organismes réclament notamment un financement permettant d’assurer des conditions de travail jugées équitables pour leurs équipes, souvent confrontées à une surcharge de travail et à un roulement de personnel.
Illustrer les limites des collectes de fonds
L’action du barrage symbolique visait aussi à répondre à certaines suggestions voulant que les organismes puissent compenser le manque de financement public par davantage d’activités de financement.
“On veut juste démontrer un peu que c’est ridicule de nous dire qu’on n’est pas capable de le faire. On le fait depuis des années. Ce n’est pas ça le point. On a besoin de l’aide de l’État”, a déclaré Sarah Jacques, représentante locale du mouvement.
Elle a rappelé que plusieurs des personnes sollicitées lors de la collecte sont déjà bénéficiaires des services communautaires.
“Il y a quand même une personne sur trois au Québec qui utilise les services des milieux communautaires. C’est les gens à qui on demande de l’argent aujourd’hui qu’on aide déjà. C’est ridicule”, a-t-elle affirmé.
Le message est sans équivoque : la générosité de la population ne peut pas remplacer un financement public adéquat, d’autant plus dans un contexte où plusieurs personnes vivent déjà des réalités financières fragilisées. “Les organismes déploient déjà de nombreux efforts en matière de financement, notamment par des campagnes et des activités de levée de fonds. Cela demande énormément de temps, d’énergie et de ressources. Et malgré tout, les résultats ne sont pas à la hauteur des besoins. Ce modèle ne peut pas soutenir le filet social”, explique Katherine Lachapelle.
Des services jugés essentiels
Les organisateurs ont insisté sur l’importance des services offerts par les organismes, qui interviennent auprès de diverses clientèles vivant des situations de pauvreté, d’isolement ou de détresse.
Selon Isabelle Bombardier, directrice du Centre d’action bénévole de Nicolet, le manque de financement pourrait avoir des conséquences importantes sur l’accès aux services.
“On est vraiment le filet social. Présentement, on est pris pour acquis, et on ne comprend pas. On fait des miracles avec peu, mais là, c’est assez. On ne peut plus continuer comme ça. On connaît notre milieu, on travaille sur le terrain,qu’ils viennent le faire avec nous, ils vont comprendre notre travail”, a-t-elle indiqué.
Une rencontre a également eu lieu entre des représentants des organismes et le député Donald Martel afin de discuter des enjeux soulevés lors de la mobilisation.
Les cellules locales ont indiqué qu’elles poursuivront leurs actions dans le cadre du mouvement provincial afin d’obtenir des engagements concrets en matière de financement.
