Sous-financement et manque de main-d’œuvre: un cocktail indigeste pour les organismes communautaires

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Par Marie-Ève Veillette
Sous-financement et manque de main-d’œuvre: un cocktail indigeste pour les organismes communautaires
(Photo : Archives)

NICOLET-BÉCANCOUR. Le cri du cœur lancé par les organismes communautaires au premier ministre François Legault sera-t-il entendu au prochain budget? On ne connait pas encore la réponse, mais les organismes se croisent les doigts.

Au Centre-du-Québec et en Mauricie, il faudrait injecter pas moins de 35 M$ pour pallier le sous-financement qu’ils subissent. Ce sous-financement entraîne une série de dommages collatéraux auxquels il urge mettre un terme, soutiennent-ils.

« Les groupes communautaires sont ceux qui touchent le plus près les gens au niveau du terrain », rappelle Mariève Proulx-Roy, directrice générale de La Traverse du Sentier, organisme qui œuvre en santé mentale dans la région de Nicolet-Bécancour. « Ma crainte, c’est que ultimement, il y ait des bris de service et qu’on ne puisse plus répondre aussi bien à la communauté. »

Elle se dit préoccupée par le fait qu’en raison du sous-financement, les organismes communautaires ne puissent pas, par exemple, devenir des employeurs compétitifs face aux autres. « On est aussi face à un contexte de pénurie de main-d’œuvre. C’est dur de recruter car les salaires qu’on offre ne sont pas assez grands. Ça crée aussi un roulement de personnel qui fragilise beaucoup les organismes. Et en bout de ligne, ce sont tous les gens qui fréquentent les organismes communautaires qui en souffrent », souligne Mariève Proulx-Roy.

À ses yeux, augmenter et sécuriser le financement permettra « d’offrir et d’avoir un meilleur service ». « Moi, j’ai la chance d’avoir une équipe stable, avec beaucoup d’expérience, mais ce n’est malheureusement pas le cas pour tous les groupes communautaires. »

La Passerelle, qui offre des services sur les territoires de Bécancour et Nicolet-Yamaska et qui a comme mission d’aider les proches d’une personne vivant avec des problèmes de santé mentale, se trouve dans cette situation. Christian Pépin est le seul et unique intervenant de l’organisme, en plus d’être directeur général par intérim. L’équipe est formée de deux autres personnes, soit une directrice et une adjointe administrative. Depuis 6 ans, M. Pépin porte toutes les interventions sur ses épaules, une charge de travail jugée démesurée pour une seule personne.

« Quand je fais ma demande au CIUSSS, je demande toujours de l’argent pour engager un deuxième intervenant. Dans un monde idéal, ce serait plus que ça, mais dans un monde réaliste, un second intervenant pourrait s’occuper du volet jeunesse », affirme M. Pépin. Toutefois, malgré ses demandes répétées, l’organisme ne reçoit pas le financement espéré.

« Avec ce qu’on reçoit, on est capable de payer trois personnes. On veut essayer dans la mesure du possible d’être attractif et de donner des conditions salariales intéressantes, explique M. Pépin. Quand tu vas travailler dans le communautaire, tu ne vas pas nécessairement là pour le salaire. Mais on est dans un monde où tout coûte de plus en plus cher. Ça prend un minimum de revenus pour être bien. »

Un financement supplémentaire aiderait également l’organisme à mieux couvrir son territoire. Sa réalité rurale et la grandeur de son territoire ne facilitent pas son travail. D’ailleurs, Christian Pépin souhaiterait la création d’un point de service à Gentilly afin de mieux desservir la MRC de Bécancour.

Ce qui aide Christian Pépin à garder le cap malgré le manque de financement, c’est son amour pour l’être humain. Après 17 ans dans le réseau de la santé, il a quitté pour œuvrer dans le communautaire pour la liberté d’intervention que cela lui confère. « Si quelqu’un arrive en crise ici et que ça prend deux heures, je suis bien à l’aise de prendre deux heures. Dans le réseau, il y a une performance à donner, et la performance prend le dessus par rapport à l’être humain », estime l’intervenant et directeur par intérim.

Les organismes tiennent rappeler aux gens de ne pas se gêner pour aller chercher les services dont ils ont besoin. Ils les invitent à laisser de côté cette peur du jugement qui, bien souvent, les empêche d’agir.

(avec la collaboration de Stéphanie Paradis)

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