Meunerie artisanale: un savoir à conserver

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Par Marie-Ève Veillette
Meunerie artisanale: un savoir à conserver
C'est ici que la farine est moulue au Moulin Michel. (Photo : (Photo Marie-Eve Veillette))

BÉCANCOUR. La pratique artisanale du métier de meunier pourrait bientôt être désignée comme « patrimoine vivant » par le ministère de la Culture et des Communications. Avec une telle désignation, elle serait soutenue, promue et protégée.

Le Moulin Michel de Gentilly est impliqué dans la démarche. Celle-ci est pilotée par le Conseil Québécois du Patrimoine Vivant (CQPV). Elle a été initiée par la Corporation du Moulin Légaré de Saint-Eustache en 2015. L’idée derrière le projet est de préserver ce savoir-faire traditionnel qui, aujourd’hui, repose entre les mains de moins d’une dizaine de personnes.

Selon Philippe Dumas, directeur général du Moulin Michel, une confirmation serait dans l’air: « On l’aurait (la désignation) », avance-t-il, prenant soin, toutefois, de préciser que la chose n’est pas encore officialisée. 

Le CQPV confirme que « la demande a passé les différentes étapes d’évaluation et d’analyse du côté du ministère » et que « ce sont des réponses positives qui ont été rendues jusqu’à présent » : « On a espoir; tout porte à croire que ça devrait aboutir. [Par contre], il ne faut pas anticiper les choses. Le processus suit son cours. Ce n’est pas encore entériné « , insiste Mardjane Amin, porte-parole du CQPV pour le dossier.

Un patrimoine à sauvegarder

Désignation ou pas, il n’en demeure pas moins que le métier de meunier traditionnel mérite qu’on s’y intéresse, ne serait-ce que pour assurer une certaine pérennité à la poignée de moulins patrimoniaux du Québec encore en fonction, dont le Moulin Michel. 

Seulement sept moulins produiraient encore de la farine selon les méthodes ancestrales, qui consistent à moudre les grains sur pierre, à l’aide d’un mécanisme d’engrenages activé par la force du vent ou de l’eau. Tout ce processus de transformation se fait sous l’œil aguerri de l’artisan-meunier.

« Ils sont vraiment peu nombreux à [détenir et à maîtriser] les connaissances liées à cette pratique. [Or,] il est question du départ à la retraite de certains artisans-meuniers d’ici quelques années. Ça crée une certaine pression dans le besoin de relève », souligne Mardjane Amin, touchée, mais aussi préoccupée par « la rareté et la fragilité de ce métier-là ». 

Plan d’action

Dans cette optique, les meuniers et les gestionnaires de moulins patrimoniaux ont participé ce printemps à une rencontre de concertation organisée par le CQPV et ont réfléchi, tous ensemble, à un plan d’action pour la sauvegarde et la promotion de la meunerie artisanale au Québec. 

La rencontre a permis aux participants de récolter un maximum d’informations sur le savoir-faire des meuniers actuels et de se questionner sur l’avenir de la meunerie artisanale au Québec: « Où est-ce qu’on se voit dans 10 ans? », résume le directeur général du Moulin Michel, Philippe Dumas, qui était de la rencontre.

Une formation à venir

Au moment d’écrire ces lignes, le plan d’action est en cours de rédaction. Mais déjà, le CQPV planche sur l’une des priorités ciblées: la mise en place d’une formation pour enseigner la meunerie traditionnelle à la relève. 

C’est que depuis toujours, l’apprentissage du métier passe par du compagnonnage. L’apprenti donne un coup de main au meunier et apprend « sur le tas ». « Ça prend environ cinq ans pour bien maîtriser le savoir », évalue Philippe Dumas.

La formation proposée se déroulera en deux parties: théorique et pratique. Le CQPV prévoit 45 heures d’enseignement théorique en ligne suivies d’un stage pratique d’une vingtaine de semaines dans l’un des sept moulins en activité, au choix de l’élève. Au terme de cette formation, ce dernier obtiendra le titre d’apprenti-meunier, sanctionné par les meuniers eux-mêmes, sous l’égide du CQPV.

Les meuniers feront partie des formateurs. D’autres experts se grefferont à eux, notamment des agronomes, des géologues ou encore des représentants de l’Association des Moulins du Québec, fins connaisseurs de l’histoire des moulins au Québec. « Ce sera assez varié comme panel », affirme Mme Amin, précisant qu’une dizaine de formateurs collaboreront à l’entièreté de la formation, qui se déclinera en dix modules de cours. 

Le contenu de cette formation a été réfléchi de façon concertée. Tous les acteurs concernés se sont entendus au préalable sur « ce qui fait le métier d’artisan-meunier à l’échelle de la province ».

La formation sera donnée dès l’hiver 2023, pour se terminer quelques mois plus tard, à l’automne. « On parle d’une formation pilote. Elle sera donnée une fois mais si la demande est là, on pourrait la répéter deux ans plus tard », mentionne Mardjane Amin.

Cette formation ne sera pas sanctionnée par le ministère de l’Éducation puisqu’elle vise d’abord à répondre au manque de relève de l’ensemble des moulins concernés. Dans un monde idéal, une douzaine d’apprentis-meuniers seraient ainsi formés.

Protéger un savoir… et une production

Au Moulin Michel, le meunier est Robert St-Cyr. Il occupe cette fonction depuis plusieurs années. C’est au moulin La Pierre de Saint-Norbert-d’Arthabaska qu’il a acquis une bonne partie de son savoir, qu’il souhaite transmettre à son tour. Mais à qui?

Pour attirer la bonne personne à long terme, le directeur général du Moulin Michel demeure ouvert à innover. « Aura-t-on un poste de guide-meunier, de cuisinier-meunier ou encore de boulanger-meunier à l’année? », évoque-t-il parmi les possibilités, tout en citant en exemple la situation du Moulin Légaré: « Là-bas, il y a un historien-meunier. L’hiver, il s’occupe d’élaborer des programmes pédagogiques pour des institutions (pas que le moulin) et l’été il fait la meunerie. »

Selon Philippe Dumas, « il y a un espèce d’hybride à développer » pour assurer la pérennité de la production artisanale de farine.

Le directeur général ne ferme pas la porte non plus aux collaborations pour garder le Moulin en fonction. Ce pourrait être, dit-il, un jeune meunier qui voudrait exploiter le moulin pour un projet quelconque, que ce soit pour moudre le grain qu’il cultive lui-même ou encore pour fabriquer la farine de sa propre boulangerie. « C’est comme ça, je pense, qu’on va réussir à tourner le moulin ». Et à maintenir vivant le métier d’artisan-meunier à Gentilly…

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