La forêt d’Hermann

Photo de Marie-Ève Veillette
Par Marie-Ève Veillette
La forêt d’Hermann
Sylvie Charbonneau, Véronique Payer et Hermann Payer. (Photo : (Photo Marie-Eve Veillette))

SAINT-WENCESLAS. Hermann Payer a consacré 50 ans de sa vie à planter des arbres et à entretenir sa forêt à Saint-Wenceslas, en bordure de la rivière Bécancour. Il l’a cajolée et aimée, comme si elle était son enfant: « Je l’ai fait naître », dit-il, visiblement attaché à celle qui a été son temple durant si longtemps.

« Ça m’habite, la forêt. J’y ai fait un cheminement personnel », explique l’homme de 93 ans, prêtre de formation. « Un jour, j’ai dit à mon évêque que je voulais célébrer la vie. Il m’a dit « Continue! ». J’ai foncé. »

C’est à ce moment qu’il a acquis cette terre de près de 94 hectares, sur laquelle se trouvait jadis une ferme laitière. « Le terrain était rempli de cailloux. L’ancien propriétaire avait mobilisé ses enfants pour les ôter. Ils n’ont pas voulu garder la ferme; ils disaient qu’ils avaient assez ramassé de roches! », raconte-t-il. « Le propriétaire me l’a offerte. J’ai eu un coup de cœur. J’ai mis 20 ans à refaire la maison à l’intérieur, à bâtir un hangar à côté et à avoir toutes les utilités », ajoute M. Payer.

Il se souvient avoir pendu la crémaillère en rendant hommage à son père, né en 1889. « On s’est réuni dans la maison, on a allumé le poêle à bois et on a fait des crêpes. » C’était le début d’une longue série de moments heureux.

Amoureux des arbres

Ce bonheur, il l’a vécu au quotidien. En plantant un à un pas moins de 90 000 arbres (dont certains méconnus, comme le chêne bleu), en prenant soin de sa forêt et en emplissant ses poumons d’air frais. « Dans les premiers temps, j’étais seul. Puis, j’ai eu une excellente compagne. On a voyagé dans 40 pays ensemble. Georgette était venue étudier à Trois-Rivières. Je lui ai offert le logement. Elle est restée. Elle était bien acceptée dans ma famille. »

Georgette est aujourd’hui décédée. Hermann, de son côté, demeure depuis un an au CHSLD de Saint-Célestin. Une chute l’a obligé à quitter son oasis il y a deux ans, au tout début de la pandémie : « Il est tombé et s’est fracturé la tête du fémur droit », raconte sa nièce Sylvie Charbonneau.

Le rétablissement a été long. Il a passé deux mois à l’hôpital de Nicolet. Il a ensuite poursuivi sa réhabilitation à Victoriaville, dans un petit appartement attenant à une maison lui appartenant. C’est une autre de ses nièces, Véronique Payer, qui venait prendre soin de lui. « À l’automne 2021, les pertes d’équilibre sont devenues plus fréquentes et il a été admis ici. »

Une âme à préserver

Pour se rendre à sa forêt, Hermann doit désormais utiliser le transport adapté. C’est plus compliqué. La dernière fois qu’il y a mis les pieds, c’était en septembre. Malgré tout, il accepte avec sérénité cette nouvelle réalité, sachant que son temple est sous bonne garde.

« Les offres ne manquaient pas pour acheter l’endroit », racontent ses deux nièces, à qui il a confié le mandat de préserver sa forêt: « Les gens venaient me voir pour acheter ma propriété et je leur disais chaque fois qu’ils n’étaient pas assez riches ».

Cette richesse à laquelle il fait référence n’est pas monétaire. L’apaisement, le ressourcement que procure la marche en forêt n’ont pas de prix à ses yeux.

Ses nièces l’ont bien compris. C’est pourquoi, l’hiver dernier, elles ont mis sur pied un organisme à but non lucratif (OBNL) dont le mandat est d’assurer la pérennité de la forêt d’Hermann. « Grâce à mes bonnes nièces, ce sera là pour l’éternité. Ça me rend heureux. C’est merveilleux! », commente-t-il au même moment où une pluie de feuilles s’abat sur les lieux de l’entrevue, « comme si les arbres applaudissaient », fait remarquer Véronique Payer.

Le Cercle de la forêt d’Hermann

Cet OBNL s’appelle Le Cercle de la forêt d’Hermann. Son assemblée de fondation a eu lieu en février 2022. Son conseil d’administration est constitué de parents et d’amis proches d’Hermann Payer, qui souhaitent perpétuer l’œuvre de ce prêtre devenu forestier.

« Son désir est d’offrir au plus grand nombre la possibilité d’aller se ressourcer en forêt », souligne Sylvie Charbonneau. « Hermann a toujours offert aux gens de venir marcher chez lui. Il a créé 6 km de sentiers à travers ses différentes parcelles. »

Il est convenu que la population aura accès en tout temps à la forêt d’Hermann, nichée au fond du 8e rang, à Saint-Wenceslas, juste avant la côte du pont enjambant la rivière Bécancour.

Le conseil d’administration souhaite en faire un lieu protégé.  « On souhaite protéger la côte et la bande riveraine au départ. La forêt borde la rivière sur 1,5 km. Il y a des ravins tout le long. Ça sert de corridor de connectivité pour la faune », mentionne Mme Charbonneau, précisant que tout récemment, le Comité ZIP du lac Saint-Pierre a entièrement financé la caractérisation de la forêt, une démarche nécessaire pour que le Cercle puisse faire des demandes de financement pour d’autres projets en lien avec sa mission.

En plus du Comité ZIP, l’organisme a sollicité d’autres partenaires. Jusqu’à maintenant, la MRC de Nicolet-Yamaska, l’organisme Nature-Avenir et le Groupement forestier de Nicolet-Yamaska inc. ont répondu favorablement à sa demande. Les démarches se poursuivent.

Le Cercle tend également la main aux citoyens désireux de mettre l’épaule à la roue dans ces efforts de conservation. « On espère rallier un maximum de gens au projet. Nous aurons plusieurs corvées à faire », souligne Mme Charbonneau, citant en exemples le nettoyage des parcelles et la reconstruction d’un petit chalet au cœur de la forêt. « Éventuellement, il faudra aussi rénover la maison d’Hermann, mais ça, c’est un autre projet. On jase avec lui des possibilités. »

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