La chasse à la carabine: un risque inutile?

Par Boris Chassagne | Initiative de journalisme local
La chasse à la carabine: un risque inutile?
Cerf de Virginie. (Photo : Langis Paradis)

PIERREVILLE. Bernard Marin, un agriculteur de Pierreville, s’inquiète de l’utilisation maintenant autorisée de la carabine pour la chasse aux cerfs de Virginie sur les terres de la région.

M. Marin est impliqué depuis plusieurs années au conseil d’administration du Syndicat de l’Union des producteurs agricoles de Nicolet-Yamaska. Il ne comprend pas pourquoi le ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs (MFFP) a décidé d’autoriser la chasse à la carabine cette année. Il s’inquiète de la portée de plus d’un kilomètre de la carabine.

«Le terrain est plat, très peu de boisé. Il est là, le danger. Le ministère sait fort bien que pour faire une saine gestion du cheptel, tu n’as pas besoin de carabine». Il en sait quelque chose, il est lui-même chasseur. «Un fusil 10, 12, ou 410, quand ça a fait 100 mètres, c’est tout rendu à terre. La plupart des chasseurs vont dire qu’ils sont très prudents. Ça sera toujours un accident».

Fort de l’appui reçu du Syndicat de l’UPA Nicolet-Yamaska et de la MRC de Yamaska-Nicolet, Bernard Marin s’est à deux reprises tourné vers la Fédération régionale de l’UPA du Centre-du-Québec. Rien n’y fait. Son président, Daniel Habel, reconnait avoir étudié les demandes de M. Marin. «Je n’ai pas à justifier la décision prise par mes pairs. Il faut toujours se rappeler qu’on est dans un contexte collectif et malgré le fait que M. Marin soutient que le Syndicat local défend cette position, et qu’elle est appuyée par la MRC, ce territoire ne représente qu’un septième des membres de la Fédération régionale.

Bernard Marin.

M. Marin a évidemment demandé au ministère de la Faune, de la Forêt et des Parcs du Québec (MFFP) de revenir sur sa décision. «On m’a donné l’impression qu’on songe à intervenir. J’ai parlé à des fonctionnaires du ministère, mon député…»

Bernard Marin sera déçu. Le MFFP nous écrit qu’il «ne prévoit pas revenir sur les modalités établies durant l’élaboration du Plan de gestion du cerf de Virginie 2020-2027». Le ministère poursuit: «Nos biologistes ont échangé à plusieurs reprises avec M. Marin et le Plan de gestion du cerf de Virginie 2020-2027 a fait l’objet de multiples consultations publiques avant son approbation».

L’ajout d’une période de chasse à la carabine dans quelques zones de chasse du sud du Québec, dont la zone 7 nord (visée par la plainte de M. Marin) «a été très bien reçu et un consensus très fort s’est dégagé des partenaires fauniques lors de consultations publiques auxquelles l’UPA du Centre-du-Québec a pris part».

M. Marin souligne que «les producteurs n’ont pas été consultés». Ils sont pourtant propriétaires de la grande majorité des terres où l’activité de chasse se déroule.

Le MFFP rétorque que la plainte de M. Marin serait la seule reçue dans le Centre-du-Québec et en Chaudière-Appalaches. «Aucun accident impliquant son usage (carabine) par un chasseur et un autre citoyen hors du champ de vision du tireur n’est survenu au cours des dernières années». On précise… hors du champ de vision du tireur.

 

La chasse au cerf en Zone 7

Le permis de chasse au cerf de Virginie est maintenant associé à une des 29 zones de chasse au Québec. La période de chasse dans les zones 7 Nord et Sud varient en fonction du type d’armes que l’on utilise.

La carte de la zone 07.

Elle commence le 3 octobre pour l’arc et l’arbalète, le 17 octobre 2020 pour le fusil et l’usage de la carabine n’est permis que du 7 au 22 novembre 2020.

Selon Steve Hamel, propriétaire du magasin Pronature de Trois-Rivières, les compagnies d’assurances auraient fait pression sur le MFFP pour qu’un plus grand nombre de cerfs soient abattus. Ceci expliquerait en partie l’autorisation plus étendue de la carabine.

La chasse à la carabine est depuis longtemps autorisée dans les secteurs de Drummondville ou en Beauce, dit-il, lesquels ont des topographies similaires à celle de la zone 07. Et aucun accident à déplorer de mémoire, de poursuivre M. Hamel, qui confirme que les carabines peuvent avoir des portées avoisinant les 6 000 pieds (1829 m).

Le chasseur Bernard Marin est porteur du principe de précaution. «Une balle perdue peut voyager loin et faire des dommages insoupçonnés.»

 

 

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