À Tokyo avec ses protégées

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Par Marie-Ève Veillette
À Tokyo avec ses protégées
Jean-Patrick Millette. (Photo : Stéphanie Paradis)

NICOLET. Jean-Patrick Millette vivra sa première expérience olympique au cours des prochains jours. Celui qui a grandi à Nicolet s’est envolé vendredi dernier en direction de Tokyo avec la délégation canadienne d’haltérophilie.

Millette est l’un des trois entraîneurs accompagnant le groupe. C’est lui qui, dans les dernières années, a aidé les athlètes Maude Charron et Kristel Ngarlem à accéder à leur rêve olympique. Il a aussi contribué à la progression d’Alex Bellemare, un autre haltérophile de talent. «Il est passé à une place de se qualifier [pour les Jeux]. C’est un peu crève-cœur», lance son entraîneur, serein malgré tout.

La délégation

Jean-Patrick Millette entraîne Maude Charron (catégorie 64kg). La photo a été prise au Las Vegas Open en 2019. On aperçoit l’entraîneur originaire de Nicolet en arrière-plan.

La délégation canadienne est composée de cinq athlètes (quatre femmes et un homme) et de trois entraîneurs. «Il s’agit de la plus imposante équipe olympique canadienne d’haltérophilie depuis le groupe de cinq athlètes ayant participé aux Jeux de Beijing en 2008», ont fait savoir la Fédération canadienne d’haltérophilie et le Comité olympique canadien. Le fait d’avoir quatre femmes au sein de l’équipe représente aussi un record canadien.

Maude Charron est l’athlète la mieux classée des quatre, occupant le troisième rang du classement mondial de l’IWF chez les 64 kg. Kristel Ngarlem figure quant à elle parmi le Top 10 des trois derniers Championnats du monde de l’IWF (2017 à 2019) chez les 76 kg. Toutes deux en sont à une première participation aux Jeux olympiques.

L’entraînement

«J’entraîne Maude depuis la fin de 2018 et Kristel depuis le début de 2019, soit depuis le début de la qualification olympique. Elles n’ont fait qu’une compétition sans moi», raconte Jean-Patrick Millette, touché par la confiance manifestée par les deux athlètes depuis le début de l’aventure.

«Ce sont elles qui m’ont demandé de les entraîner», ajoute-t-il, avouant avoir été surpris par leur demande, même s’il les connaissait bien et qu’il avait de l’expérience à l’international (championnat panaméricain en 2016, 2017 et 2018). «Je n’avais pas anticipé que deux athlètes de ce niveau-là me considéraient comme ça!»

Il sentait par contre qu’il pouvait les aider à atteindre leur objectif. «J’ai saisi l’opportunité. Ça n’a pas arrêté depuis ce temps-là!», sourit Millette, qui s’est promené de compétition en compétition avec ses deux protégées, notamment aux États-Unis, au Guatemala, en Colombie, au Pérou, en Thaïlande et en Italie… avant que frappe la fameuse COVID-19. «Ç’a été rock’n’roll, comme qualifications!»

Le confinement aussi, fait-il comprendre. «L’entraînement en temps de COVID a été vraiment dur pour nous. [L’haltérophilie], ça se passe dans un gym. Heureusement, on a été super bien appuyés par l’Institut national du sport. Les athlètes de haut niveau ont pu continuer leur entraînement avec des mesures sanitaires encadrées par la Santé publique. En ce qui concerne Maude, elle a aménagé un gym dans son garage à Rimouski. Elle a fait la majorité de la préparation de la dernière année en s’entraînant toute seule dans son garage; un peu comme Rocky!», sourit Jean-Patrick Millette, dont le rôle consiste entre autres à préparer les plans d’entraînement, corriger les mouvements, gérer les blessures et élaborer les stratégies de qualification et de compétition.

«On travaille en équipe. C’est important pour moi qu’il y ait une bonne communication avant chaque décision.»

Les attentes

Jean-Patrick Millette et Kristel Ngarlem (Categorie 76kg) au championnat pan américain au Guatemala en 2019.

Les deux haltérophiles sont prêtes pour Tokyo. «On a fait la préparation complète jusque-là. Maintenant, c’est la (vraie!) compétition».

Maude Charron sera en action le 27 juillet et Kristel Ngarlem, le 1er août. Jean-Patrick Millette s’attend à ce que les deux réussissent «de très bons positionnements», les jugeant «au sommet de leur forme».

Maude Charron est identifiée comme un espoir de médaille, tandis que Kristel Ngarlem pourrait figurer dans le Top 8. «Laissons la compétition se dérouler», affirme sagement l’entraîneur en guise de commentaire, jugeant qu’«avec la COVID, il peut toujours y avoir des impondérables bizarres.»

Son parcours

Jean-Patrick Millette est entraîneur chef du Club d’haltérophilie les Géants de Montréal. Il y travaille depuis 2014. Il entraîne normalement une quinzaine de jeunes âgés entre 8 et 15 ans.

Il confie avoir fait de l’haltérophilie par le passé, «à très bas niveau!», précise-t-il en toute humilité. «Je n’ai jamais été bon et quand je suis pas bon dans quelques chose, ça m’énerve! Je suis du genre à essayer de trouver des solutions pour que ça marche. Je n’ai pas réussi à les appliquer pour moi-même, mais j’ai réussi pour mes athlètes!», sourit-il.

Millette a quitté la région pour la métropole il y a déjà quelques années. «J’ai étudié en kinésiologie à l’UQÀM. J’ai alors commencé à entraîner à temps partiel en haltérophilie. J’ai ensuite débuté une maîtrise en neuroscience, mais en cours de route, j’ai eu l’opportunité de coacher à temps plein et j’ai pris ce tournant-là.»

Le voilà maintenant parmi la crème des entraîneurs de ce milieu à 32 ans. Nouvellement papa d’une fillette, il souhaite se servir du tremplin que représentent généralement les Jeux olympiques pour redonner aux autres. «J’aimerais pouvoir aider des jeunes à se sortir de la rue et à retourner à l’école, et m’associer à un organisme qui fait la promotion de la santé mentale. Si l’opportunité se présente, je la saisirai», termine-t-il.

 

 

 

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