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Le Courrier Sud
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Des groupes pressent Ottawa de changer de discours sur l'amiante

Presse Canadienne Article mis en ligne le 9 mai 2008 à 23:00
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OTTAWA - Les pressions pour faire changer la position du Canada au sujet du commerce de l'amiante chrysotile s'accentuent, à moins d'une semaine d'une rencontre internationale au cours de laquelle l'inscription du minéral sur la liste des produits chimiques dangereux fera l'objet de débats.
Après l'Association médicale canadienne, c'était jeudi au tour d'experts en santé publique de demander à Ottawa de cesser de soutenir l'industrie de l'amiante, comme il le fait depuis des décennies.
Un groupe de recherche privé, l'Institut Rideau, a pour sa part fait un plaidoyer pour que le gouvernement canadien s'aligne sur les autres gouvernements occidentaux et cesse de faciliter l'exportation de la fibre dans les pays en voie de développement.
L'organisation a rendu publique à Ottawa une étude sur le sujet qui s'intitule: "Quand le Canada exporte le mal". L'auteure du document, Kathleen Ruff, a accusé le gouvernement de se comporter de manière "immorale et honteuse" en ce qui concerne le chrysotile.
Elle reproche au Canada de violer les droits fondamentaux des populations des pays en voie de développement en les exposant sans remords à un produit cancérigène bien connu, responsable de maladies mortelles du système respiratoire dont le cancer du poumon et le mésothéliome.
Plusieurs pays, incluant ceux de l'Union européenne, ont banni l'utilisation de l'amiante chrysotile parce qu'ils le considèrent comme un danger pour la santé. Le Canada, qui est l'un des plus gros exportateurs de la fibre, a cependant toujours refusé de faire de même.
Le gouvernement fédéral, celui du Québec et les syndicats de travailleurs de la construction affirment que le chrysotile n'est pas plus dangereux que ses substituts et qu'il est possible de le manipuler de manière sécuritaire. Cette vision, défendue par l'Institut du chrysotile, n'est partagée que par un petit nombre de pays producteurs, dont la Russie, l'Iran et le Zimbabwe.
Pour Mme Ruff, "c'est une pure fantaisie". "Ça n'a aucune crédibilité. Les conditions de travail dans les pays pauvres sont impossibles, sont intolérables. Les gens n'ont aucune protection", a-t-elle martelé lors d'un point de presse dans l'édifice du parlement.
Ottawa n'a pas encore fait connaître sa position en prévision de la réunion des pays signataires de la Convention de Rotterdam, qui doit se tenir à Rome du 27 au 31 octobre prochain. On ne sait pas non plus qui représentera le pays à la rencontre. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a indiqué que les fonctionnaires "poursuivaient leurs discussions".
Kathleen Ruff et le député néo-démocrate Pat Martin, qui a déjà travaillé dans une mine d'amiante, soulignent qu'il n'est pas trop tard pour rompre avec la tradition. Ils seront tous deux en Italie pour la réunion des parties.
A leur avis, un nouvel échec des pays qui souhaitent faire inscrire le chrysotile sur la liste des produits dangereux pourrait signifier la mort de la convention signée en 1998 à laquelle ont adhéré 126 Etats.Ce traité a entre autres pour objectif d'encadrer le commerce des produits dangereux pour protéger l'environnement et les populations.
Plusieurs des substances visées sont des pesticides ou des composés chimiques toxiques. Cela comprend toutes les formes d'amiante, à l'exception du chrysotile.
La convention n'interdit pas le commerce de ces substances mais elle oblige le pays exportateur à informer son partenaire des dangers reliés à leur utilisation. L'idée est de permettre aux acheteurs de donner leur "consentement éclairé" à la transaction.
Pour Mme Ruff, le Canada n'a aucune raison valable de s'opposer à ce processus. "Il n'y a aucune excuse pour expliquer ce que fait le Canada et qui est tellement destructeur", a-t-elle insisté. La peur de poursuites est la seule explication qu'elle trouve.
D'autres y voient de l'électoralisme. En évitant d'agir, les gouvernements successifs tenteraient de gagner des appuis dans des communautés dont l'économie repose sur le chrysotile. L'importance de cet argument a toutefois fondu comme une peau de chagrin au cours des dernières décennies.
L'industrie qui employait plusieurs dizaine de milliers de personnes d'un bout à l'autre du pays au milieu du siècle ne fait plus vivre que 600 personnes dans le Centre-du-Québec. Il ne reste plus que deux mines d'extraction d'amiante au Canada: Mine Jeffrey à Asbestos et Black Lake, à Thetford Mines.
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne

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