Jean-François Lemire est pourvoyeur à Baie-du-Febvre. Il montre ici un trou dans la glace où est installée une ligne pour pêcher le doré. À l’arrière, une des cabanes colorées de son «village» hivernal.Photo Le Courrier Sud
On monte au Lac… Saint-Pierre
Paradis des glaces et de la pêche hivernale
La ville. Bien calé dans la voiture chaude, difficile d’imaginer que la nature, sauvage et froide, nous attend à quelques coins de rue. Et pourtant, au moment d'écrire ces lignes, à la mi-février, des centaines de pêcheurs s’affairent à défier la nappe d’eau qui nous est si familière: le lac St-Pierre. Balade au paradis de la pêche blanche.
D’un peu partout dans la région, quelques minutes suffisent pour accéder à une rive du fleuve. Nous avons choisi le quai de Pierreville comme point de départ. Très vite sur la rivière St-François, le paysage témoigne de la puissance de la nature: un peu partout se dressent de véritables montagnes de glace, volcans blancs mystérieux.
«Le temps doux de décembre a permis au courant plus fort d’entraîner les glaces, qui se sont accumulées aux endroits où l’eau est la moins profonde», explique un pêcheur. À côté de lui, une dizaine de longs bâtons de bois, des brimbales, supportent des lignes qui plongent dans des trous percés dans la glace. Alors qu’il parle, on voit quelques lignes danser. D’après lui, c’est une carpe qui se promène et taquine les appâts. «Elle vient toujours téter les ménés», dit-il, l’air franchement excédé. Les pauvres carpes ne sont pas appréciées des pêcheurs, qui les trouvent fades au goût. On leur réserve souvent le même sort qu’aux «loches», des lottes à l’allure repoussante, qui mordent à l’hameçon mais ne sont que rarement rapportées à la maison par les pêcheurs. Nous en verrons des dizaines abandonnées un peu partout, figées dans la glace qui les a recouvertes dès leur sortie de l'eau.
Tout à coup, après le dédale des chenaux du Bas-St-François et les escarpements des rives toutes proches, une sensation d'infini nous envahit. Voilà le lac St-Pierre, complètement glacé, longue étendue blanche devant, derrière, partout autour.
Le petit restaurant sur le lac
Rapidement, nous atteignons la Pourvoirie Paulhus et associés, à l'embouchure du secteur Notre-Dame-de-Pierreville. Plus de vide, plus d'infini, malgré le lac qui nous entoure toujours. Ici, les motoneiges et les VTT se succèdent. Des centaines de cabanes sont posées dans les environs. Champignons colorés trouant la surface. Le coin est achalandé: nous sommes en pleine semaine, et pourtant enfants, ados et adultes se croisent partout.
Mario Paulhus, l'un des propriétaires de la pourvoirie, dit avoir 200 cabanes sur le lac. Installé le 27 janvier, un mois plus tard que d'habitude, il espère se rendre au 11 mars. Après, la glace sera fragilisée par le passage de l'aéroglisseur, les pêcheurs devront rentrer chez eux et rêver à l'an prochain.
Pour le moment, la nature est clémente et permet aux frères Paulhus de maintenir en vie la pourvoirie mise sur pied par leurs parents, Marie-Paul et Raymond, en 1974. «Ils ont grandi dans la pêche. Ils aiment ça. Je suis contente parce que je peux continuer à venir sur le lac», confie Mme Paulhus, sourire et voix douce. Un petit bout de femme visiblement heureuse, qui malgré la retraite donne un sérieux coup de main à ses fils et passe encore toutes ses journées sur le lac, à la pourvoirie. «Cette année, on a eu hâte, ça nous a fait languir», souffle-t-elle, en parlant du long mois de janvier où le temps doux les a empêchés de s'aventurer sur le fleuve.
Avant de quitter les Paulhus, nous faisons un arrêt au restaurant du coin. Au menu de ce restaurant, posé au milieu du fleuve, où on fait la queue pour entrer la fin de semaine? Frites, cheese, poutine. Sur le lac, après avoir eu froid en motoneige, il faut se garder chaud et manger lourd! Ça soutiendra pour le reste du trajet.
Perchaude, doré, brochet
C'est grand le Lac St-Pierre. Des kilomètres de glace et de neige, qui ont l'habitude de demeurer sauvages jusqu'au dégel. Les bonnes années, le fleuve est recouvert de deux à trois pieds de neige, balayés par les vents. À ce moment-là, seule la route de Jean-François Lemire, un long passage déneigé par le pourvoyeur à partir de Baie-du-Febvre, permet aux voitures de fréquenter le fleuve.
Cette année pourtant, le peu de neige permet à tous de fréquenter le lac, qui s'est transformé en véritable autoroute. Les camions côtoient donc les motoneiges et fréquentent la pourvoirie de M. Lemire pour faire le plein de froid, de nature et de poissons, avant de rentrer à la maison le soir venu.
«Ici on pêche la perchaude, le doré et le brochet», explique le pourvoyeur, qui offre le service tout confort à ses clients. «On fait les trous, on installe les brimbales et les lignes, il ne reste qu'à mettre les ménés et à attendre», dit en souriant M. Lemire. «À moins qu'on préfère profiter de la cabane chauffée!»