Paul Vigneault et Lucie Marchand sont très fiers de leurs nouveaux produits, le Rosa-Rose et L'Antiquaire, deux jeunes vins issus du Vignoble Ste-Eulalie.Photo Le Courrier Sud
Après la route des antiquaires, la route du vin?
La Parfumerie d'Eulalie se lance dans la production vinicole
Oubliez les préjugés, les ouï-dire et les qu'en-dira-t-on. Le vin est bel et bien établi au Centre-du-Québec. À preuve, un nouveau vignoble ouvre ses portes à Ste-Eulalie.
«On a planté 8000 vignes depuis 2006 et on a pu faire les deux premières cuvées l'automne dernier», affirme Paul Vigneault, propriétaire des lieux en compagnie de sa conjointe Lucie Marchand.
Le couple, qui produit déjà du lait de chèvres et fabrique des cosmétiques depuis dix ans sous l'appellation «La Parfumerie d'Eulalie», présente donc un délicat rosé baptisé Rosa-Rose et un rouge costaud nommé L'Antiquaire en hommage aux nombreux antiquaires qui ont fait la renommée de la région.
«Nous avons fait 3000 litres, ce n'est pas mal pour une première année», commente le nouveau vigneron, qui avait déjà expérimenté le procédé de vinification… avec des framboises. «Ça fait des années qu'on pense à faire du vin, alors on a acquis les compétences et je me suis pratiqué en faisant du vin de petits fruits. Ce n'est que dans les dernières années que des cépages vraiment rustiques au Québec ont été développés et qu'on n'est plus dépendant des cépages d'Europe ou des États-Unis, qui donnaient des résultats moins intéressants ici. Maintenant, on peut vraiment faire du bon vin au Québec», estime M. Vigneault, qui eu l'aide d'un vigneron du Haut-Richelieu, ayant vingt ans d'expérience, pour élaborer ses premiers vins.
«On a aussi travaillé en association avec les sommeliers de l'Auberge Godefroy, François Roberge et Martin Bélanger, qui sont venus goûter nos vins cet hiver pour nous faire leurs commentaires», note Lucie Marchand. Résultat: des commentaires très positifs sur des vins pourtant très jeunes. «Ils nous ont dit que le rosé était très aromatique et frais avec des arômes de fruits rouges. Quant au rouge, ils l'ont trouvé soyeux avec un nez de cerise et de fraise et des tannins complètement fondus», décrit Mme Marchand avec un bonheur évident. À Ste-Eulalie, les cépages utilisés portent les jolis noms de Sabrevois, Frontenac, Vandal Cliche et Louise Swenson – un cépage vraiment adapté au climat froid qui pourrait d'ailleurs permettre l'élaboration d'un vin de glace.
Reste à convaincre le public, une étape que le couple compte bien entreprendre dès cet été, malgré un permis d'alcool qui se fait toujours attendre. «On veut développer le côté agro-touristique de l'entreprise: des visites des vignes et de la salle des cuves qu'on va jumeler à une visite de la savonnerie et même peut-être à des démonstrations. Quand on aura notre permis d'alcool, c'est certain qu'il y aura des dégustations en plus de la vente des produits à la ferme», explique M. Vigneault. Un site Internet baptisé simplement eulalie.ca et consacré à la parfumerie ainsi qu'au vignoble, vient pour sa part d'être lancé.
Pour la prochaine année, la fabrication d'un vin blanc et d'un vin rouge fortifié ressemblant à un porto sont aussi au programme en plus du développement d'autres produits à base de raisin, comme par exemple des confitures. La plantation de quelques milliers de plants de vignes supplémentaires est aussi prévue sur les terres aménagées en planches arrondies, ce qui portera la superficie consacrée au vignoble à quatre hectares et l'investissement total du couple à plus de 100 000$ en trois ans.