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Ça commence Raid!

Article mis en ligne le 27 août 2007 à 6:41
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Ça commence Raid!
«J’ai mal partout dans le dos, j’arrive à peine à enlever mes chaussures. 4 heures 55 minutes de souffrance, j’ai faim et je suis tout crotté !»
Ça commence Raid!
Note de la rédaction: le Nicolétain Luc Proulx pratique le cyclisme depuis plusieurs années. Adepte des compétitions de vélo de montagne et de cyclocross, il nous présente ses expériences à travers des chroniques, rédigées au gré des compétitions. Voici la première de ces chroniques de quotidien d'un athlète d'ici.
Mardi après-midi, je rencontrais l’homme de la situation. Depuis un mois déjà, je ne l’avais vu et je commençais à ressentir, à la mi-hauteur de mon corps, une envie pressante de voir le jour de ce rendez-vous. À l’heure prévue, le mardi 7 août à 16 heures, je rencontrais mon chiropraticien à sa clinique de Wendake. Manipulations d’usage, questions habituelles… Diagnostic : D12 pas dans l’axe du tout ! D12, c’est elle qui me cause tout ce mal dans le bas du dos et dans la hanche chaque fois que je pousse très fort sur le vélo, surtout en montée. Un traitement s’impose. « Tourne-toi vers moi sur le côté, croise les bras, reste mou !!!». Ouf !!!… Et on recommence de l’autre côté. Ensuite dans le cou, puis on tourne la tête à gauche, puis à droite, puis c’est fini. « On se revoit la semaine prochaine». La semaine prochaine, je ne peux pas, je travaille à l’extérieur. Je peux venir jeudi ou vendredi ? J’explique que cette fin de semaine, je fais une course très importante pour moi, le raid extrême Bras du nord, et que je ne dois absolument pas avoir mal au dos. Finalement, ce sera un massage vendredi 17h30. « Tu es raide pas mal, j’ai senti plein de raideur dans le dos ». Pour un gars qui va faire un Raid, ce n’est pas une bonne idée d’être raide !

Le Raid extrême Bras du nord www.raidbrasdunord.com) est une épreuve de vélo de montagne longue distance. Le parcours, 99 km, au dénivelé impressionnant, sillonne dans la vallée du bras du nord à St-Raymond de Porneuf. Il emprunte des chemins forestiers, des sentiers de quad ainsi que des ‘singletracks’ spécifiques au vélo de montagne. Il faut même traverser la rivière, à vélo(!) ou en portage, qui donne son nom à la vallée. Pas de panique, la profondeur n’excède pas la mi-cuisse. Tout au long du parcours, il y a 5 points de contrôle où on peut aussi se procurer de l’eau, du jus, des fruits. Cette année, l’organisation met le paquet et offre, entre autres, une bourse de 200$ au premier coureur à franchir le deuxième point de ravito. Mais attendez, je ne vous ai pas encore parlé du clou de la journée. La fameuse côte à Ti-Ouis! Au 52e km, juste après la rivière, 2880 pieds de dénivelé sur 2.7 km…Ça vous cloue par terre. Et bien, il y a un autre 200$ offert au coureur qui effectuera cette montée le plus rapidement. Puis au final, après 99 km et tout près de 5 heures de vélo, le grand vainqueur remportera un joli 200$ lui aussi.

Cette année, j’en suis à ma troisième participation en trois ans. En 2005, j’avais remporté l’épreuve, ce qui m’a valu une invitation gratuite cette année, et l’an passé j’ai eu de gros maux de dos qui m’ont éloigné du peloton de tête et anéanti ma performance. Je l’ai tout de même terminé. J’y revenais donc cette année avec l’envie d’une douce vengeance sur la douleur dorsale. Dans le dernier mois, j’ai mis beaucoup de temps à ma préparation, entre autres en allant rouler le parcours du raid la semaine dernière, et je me sentais prêt à faire de mon mieux. Croisons les doigts pour mon dos…
Dimanche matin : Le jour J
Lever, déjeuner, café (juste un !), on relaxe et on tente d’évacuer le stress. L’arrivée à St-Raymond se fait vers 8h. Routine habituelle, on va chercher les plaques et on se prépare à la course. Après la période d’appel des coureurs, c’est long, il y a près de 650 inscrits, le départ se donne vers 10h. Je sens beaucoup de pression, il y a beaucoup de coureurs élite ici aujourd’hui. En d’autres termes, il y a pas mal de calibre ! Sur les 10 km qui nous éloignent du village et nous emmènent vers la vallée, il y a déjà un coureur qui s’échappe. On n’en fait pas de cas, il est encore très tôt dans la course. Je le soupçonne être de mèche avec Bruno, son coéquipier, pour ramasser le maximum des bourses. Nous quittons donc la piste cyclable pour enfin entamer les sections forestières. À ce stade de la course, il y a la première grosse montée. J’y survis très bien, je suis content, mon dos va bien, j’aurai une bonne journée… En haut, le rythme s’installe, une cassure dans le peloton est déjà faite et nous sommes un petit groupe détaché d’une vingtaine de coureurs. Bruno attaque et part seul dans une autre montée, je le savais qu’il était de mèche avec Benito parti plus tôt !

On passe le premier point de contrôle, le groupe reste soudé. Puis on arrive dans une longue descente à haute vitesse. Je le sais, il faut que je me place devant. Au bas de la côte, je me retrouve en échappée avec Jo, un gars qui est dans mon équipe de canot à glace (je vous en parlerai un jour). Super on se connaît bien, on travaillera ensemble. Notre distance s’accentue. Jo avait pris le soin avant la course de coller sur son vélo un bout de papier indiquant les dénivelés du parcours et les distances. On décide, après consultation, de se laisser reprendre par le groupe de poursuite, il est trop tôt pour travailler si fort. Le même scénario se reproduit dans la descente avant la rivière. J’arriverai donc troisième au deuxième ravito puisque Benito et Bruno sont devant, à sept minutes nous disent des bénévoles sur le bas-côté. Ils sont en feu ma foi !!!

Après la traversée de la rivière, qui se fera à pied puisque le courant est trop fort, il reste environ 4 km avant d’attaquer la fameuse côte à Ti-Ouis. Je suis en bonne position, c’est parfait. Je suis fin seul à plusieurs secondes devant un groupe. Je relaxe et me laisse reprendre par le groupe, je veux arriver reposé dans la côte. C’est parti, on la monte ! Je suis le rythme et ça va bien. Je dois tenir le coup, on en a pour 20 minutes à monter. Doucement, je commence à perdre le rythme des autres coureurs puis… Ouch ! Mon dos…Je dois mettre les pieds par terre. Je n’arrive plus à pousser fort et garder la cadence. J’alterne la marche et le vélo. Je sais très bien que mes espoirs pour le final sont anéantis. Je me battrai jusqu’au bout quand même, on ne sait jamais.

Je passe finalement à travers la montée et j’entame seul le reste du parcours qui devient de plus en plus roulant et descendant. Je suis au-delà de la mi-course. Première grosse descente…Crevaison ! Mon liquide au latex (nommé Stan no tubes) ne fait pas son travail et la crevaison ne se bouche pas seule. Je me dois d’arrêter et de poser une chambre à air. Cette crevaison qui fait suite à ma défaillance dans la côte me déroute complètement, je n’ai plus le moral. Comme je termine ma réparation, un de mes équipiers Xprezo/solid edge s’amène. Nous terminerons ensemble cette journée.

Plus loin, nous rejoignons David, équipier lui aussi. Sur le côté du parcours, la jambe droite bien tendue, il crie. Il a une crampe et ne peut plus plier la jambe. Par solidarité, on s’arrête pour lui porter assistance, mais il nous ordonne de continuer. De toute façon, on n’y peut rien contre sa crampe. Il doit attendre et s’étirer. Je continue donc avec Elvis. Nous rattrapons bientôt un autre coureur, qui en est à sa deuxième course à vie. Il tient le rythme que nous donnons, franchement il roule bien ce gars. On lui dit qu’il doit passer à une catégorie supérieure, il est vraiment fort. Il nous a même suivis dans une très longue descente où la vitesse de pointe était de 60 km/h ! Elvis et moi sommes parmi les meilleurs descendeurs du circuit et ce gars nous suit ! C’est ainsi que nous croiserons le fils d’arrivée, à trois.

Les résultats sortent. Je le savais que Benito et Bruno avaient une bonne stratégie, même meilleure qu’ils ne l’auraient cru. Jamais personne n’a rejoint Benoît et il ramasse ainsi les trois bourses ! Je termine tout de même vingtième au classement général, huitième de ma catégorie. J’ai mal partout dans le dos, j’arrive à peine à enlever mes chaussures. 4 heures 55 minutes de souffrance, j’ai faim et je suis tout crotté !

La journée de course à St-Raymond se termine donc par une bonne douche chaude, un bon spaghetti puis une bonne petite mousse bien méritée…pchuit!

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