Cette photo prise au lac St-Louis à La Tuque montre ce que sont les cyanobactéries. Heureusement, vous ne sentez pas l'odeur nauséabonde qui s'en dégage. Photo, Mauricie Express
L'été 2007 se résume en un mot: cyanobactéries!
La semaine dernière, le ministère de l'Environnement du Québec rapportait la présence de cyanobactéries, aussi appelées algues bleues, dans 94 lacs et rivières au Québec, dont sept en Mauricie et au Centre-du-Québec.
Toutefois, de ces 94 cours d'eau où l'on retrouve des algues bleues, seulement 11 sont aux prises avec le problème à la grandeur du lac.
En Mauricie et au Centre-du-Québec, ce sont sept lacs qui sont touchés par les cyanobactéries, dont deux dans tout le lac, le lac St-Louis à La Tuque, où la baignade a été interdite, et le lac St-Joseph à St-Pierre-Baptiste. Les autres lacs de la région partiellement touchés sont le lac à la Truite à Sainte-Anne-du-Sault, le lac Bill à St-Mathieu-du-Parc, le lac Pédalo à Princeville, le lac Rose à Sainte-Marie-de-Blanford et le lac William à Saint-Ferdinand.
Au début du mois d'août, la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs du Québec, Line Beauchamp, a entrepris une tournée des régions affectées par les algues bleues. Par cette tournée, la ministre veut se familiariser avec le phénomène, rencontrer différents intervenants et souligner les pratiques mises de l'avant pour éviter une dégradation des lacs et des cours d'eau du Québec. Pour l'instant, aucune visite de la ministre n'est prévue à La Tuque pour rencontrer les autorités municipales, ni ailleurs en Mauricie et au Centre-du-Québec.
La ministre Beauchamp a également annoncé la tenue d'un rendez-vous stratégique sur les cyanobactéries à la fin du mois de septembre prochain.
Le portrait des cyanobactéries
Une étude intéressante à propos des cyanobactéries a été produite au cours de l'été par le Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL).
Ce regroupement stratégique réunit 25 professeurs-chercheurs et une centaine d'étudiants chercheurs de cinq universités québécoises: l'Université du Québec à Montréal, l'Université de Montréal, l'Université du Québec à Trois-Rivières, l'Université McGill et l'Institut national de la recherche scientifique.
Tout d'abord, il est important de signaler que les cyanobactéries ont toujours existé. «Les cyanobactéries sont parmi les premiers organismes à avoir vu le jour sur Terre, il y a de cela plus de 3 milliards d'années. Puisqu'elles produisent de l'oxygène à partir de la photosynthèse, leur croissance aurait causé l'apparition de l'oxygène atmosphérique et permis le développement d'autres formes de vie plus évoluées sur Terre», peut-on lire dans l'étude.
Les cyanobactéries se retrouvent dans tous les plans d'eau, mais à faible abondance, la concentration en toxine est insuffisante pour nuire à la santé.
C'est lorsqu'il y a apparition d'une source importante de phosphore que les cyanobactéries se développent pour former des fleurs d'eau. «En modifiant l'environnement des lacs et des rivières, l'être humain a considérablement perturbé le cycle naturel du phosphore. Un faible ajout de phosphore aux systèmes aquatiques peut donc stimuler considérablement la croissance des cyanobactéries. (...) Le phosphore «naturel» provient ultimement de l'altération des roches, qui contiennent toujours des petites quantités de cet élément. Les lacs ont la capacité d'assimiler les charges en phosphore en les accumulant dans leurs sédiments de fond. Règle générale, les teneurs en phosphore des lacs sont le reflet de ce qu'ils reçoivent», écrivent les chercheurs.
Les activités humaines
Parmi les actions humaines qui approvisionnent les lacs en phosphore, on retrouve le déboisement des rives qui remet en circulation le phosphore contenu dans la végétation et ne protège plus les rives contre l'érosion. Les pelouses augmentent aussi le problème en laissant l'eau de pluie ruisseler plus directement vers les lacs. Le pavage des stationnements résidentiels laisse des surfaces imperméables qui favorisent l'écoulement de l'eau de pluie vers le lac, empêchant la filtration naturelle.
L'épandage d'engrais à des fins domestiques fournit aussi du phosphore au lac.
«Les installations septiques inadéquates, désuètes, colmatées ou non conformes contribuent aux apports de phosphore vers les cours d'eau. Depuis les années 1970, une réglementation limite la concentration de phosphore dans les détergents à lessive à 2,2%. Par contre, les détergents à lave-vaisselle ne font l'objet d'aucune loi. (...) Actuellement, ils contribueraient considérablement aux apports de phosphore vers les lacs, représentant de 5 à 20% de la portion de phosphore provenant des habitations.»
C'est en mettant tous des efforts qu'il sera possible d'atténuer le problème des cyanobactéries, mais dans combien de temps?