On s’emballe pour rien
Par Samuel Bergeron ESJN
La tradition du bal des finissants existe depuis tellement longtemps qu’on en a oublié son origine. Je me demande si on n’a pas oublié sa signification aussi. Je ne suis pas contre l’événement festif soulignant la fin des études secondaires, mais je remets en question les protocoles entourant la célébration.
Pendant les cinq années d’études, les élèves, modelés par les stéréotypes mis en valeur par les médias, visent le but ultime, la récompense inestimable: le bal de cinquième secondaire.
L’image du bal est plutôt superficielle, les filles mettent tous leurs efforts dans le choix de leur plus belle robe, qui servira une seule fois, qui sera unique et qui rendra les autres jalouses. Le bal est devenu une sorte de compétition avec le luxe. On se rend sur un bateau pour célébrer avec de beaux habits ainsi que de bonnes manières mal acquises.
Je regrette cette déviation vers la consommation superflue. Où sont passés les événements simples et conviviaux? Mes amis n’ont nullement besoin de se cacher derrière des manières extravagantes pour que j’apprécie leur présence.
Les 100 000 finissants annuels au Québec dépensent en moyenne 300$ chacun autour de l’événement. Les bals de finissants sont donc un marché bien lucratif, mais tellement éphémère qu’il en devient un excès. Si au moins on encourageait des concours comme celui «je m’emballe autrement» qui incite à confectionner son costume avec des matériaux récupérés.
On est allé trop loin, on s’est égaré dans la promotion d’un événement à grande envergure et on semble se plaire dans un bonheur artificiel de surconsommation. On a mis de côté la rencontre au profit de l’image de la rencontre. Pour l’instant, ceux qui sont de mon avis passent pour des marginaux ou des idéalistes, mais sans changement il n’y aura pas d’évolution. Peut-être que les rêveurs écologistes seront les pionniers de la mode de demain. Du moins, espérons-le!