Photo Francis Mailhot
Le baiser
Par Marie-Christine Beaudoin
Je voyais qu’il ne m’écoutait plus, il était pris dans mon regard et j’étais également bien plongé dans le sien. S’il m’avait écouté, il se serait rendu compte que je bafouillais depuis longtemps et que je répétais les mêmes trois ou quatre mots. Je tentais de poursuivre la conversation, j’avais le sourire timide qui s’affichait seul et les yeux qui brillaient, j’en suis sûre.
Nous nous rapprochions subtilement l’un de l’autre, comme si chacun ne devinait pas le jeu de l’autre. Nous nous croyions habiles et nous nous plaisions à ce jeu de séduction que nous tentâmes de rendre imperceptible. Je poussais un souffle entre chaque mot, je faisais une pause, un silence, tout plein de fractions de secondes où j’oubliais de parler tant mon cerveau était obnubilé par lui.
Vu ma position, je pouvais contempler son visage d’un angle parfait. Il était beau, je m’en rendais bien compte. Il semblait encore plus beau que toutes les autres fois où je le trouvais magnifique, plus séduisant que jamais. Lorsqu’il prenait la parole, mes yeux fixaient ses lèvres, captivés au maximum, observant chaque ouverture, chaque fermeture. Ce n’était pas le temps qui s’arrêtait, mais nos deux êtres qui prenaient une pause dans leur vie, extirpés de toutes pensées extérieures. Nous avions tranché la frontière de l’espace entre deux personnes, nous étions dans la même bulle.
Ses mains me touchaient naturellement comme si rien d’autre que ça n’était à notre portée. J’étais rendue trop près pour m’en éloigner. Le désir ne s’accroît pas seul, il s’alimente de notre imagination et parfois, lorsque celle-ci n’est pas si loin de la réalité, il y a croissance d’envie.
Je restais au creux de mes pensées, jusqu’à ce que mon cerveau, submergé par les pressions de mon cœur, oublia de me faire respirer, oublia de me faire parler et me propulsa dans une attraction irrépressible. Ses lèvres touchèrent les miennes.