L’Amundsen : le gardien du fleuve St-Laurent

Par Karen Montembeault

Publié le 15 mars 2017

L'Amundsen, le navire de la garde-côtière, joue un élément clé dans les eaux du fleuve.

©(Photo TC Media - Karen Montembeault)

GARDE-CÔTIÈRE. 01h30 du matin. L’Amundsen se dirige vers le port industriel de Bécancour. La zone portuaire isolée ralentit le mouvement des eaux, augmentant la fixation des glaces. Conséquence: l’imposant brise-glace de la garde-côtière doit accompagner les allers-retours des chargements afin qu’ils se rendent à destination.

Quelques heures après la mission de déglaçage, le navire est de retour sur les rives de Trois-Rivières. Rencontre avec le commandant Alain Gariépy dans la timonerie, centre de contrôle des opérations.

Sous la tutelle de Pêches et Océans Canada, le navire de la garde-côtière joue un élément clé dans les eaux du fleuve. Fort de ses 6 moteurs de locomotive et de ses 13 600 forces, le géant maritime de 8 000 tonnes a pour devoir premier d’escorter les navires commerciaux dans le chenal du St-Laurent, entre Montréal et Grondines. Son emplacement stratégique à Trois-Rivières s’explique par la proximité du Lac St-Pierre, large étendue d’eau qui se termine en entonnoir aux abords du pont Laviolette. «Avec la largeur du Lac St-Pierre, les eaux se déplacent à 4 km/h, ce qui permet aux glaces de se former plus rapidement. En moyenne, le navire effectue entre 10 et 15 sorties par mois dans la région», précise M. Gariépy, à propos des missions de déglaçage qui servent entre autres à prévenir et à contrôler les inondations.

Grâce à sa coque composée d’un alliage spécial, l’embarcation est plus renforcée et plus puissante que des bateaux commerciaux. «On peut facilement briser des glaces d’un mètre d’épaisseur. Le défi apparaît lorsque la glace est compressée. S’il y a un embâcle, la glace se morcelle et se compacte. C’est cette pression qui nous rend la tâche plus difficile. On doit parfois concasser davantage la glace et travailler sur les contours de l’embâcle pour réussir à le défaire», explique-t-il.

Pour les endroits peu profonds, comme des rivières ou près des rives, le commandant fait appel aux aéroglisseurs, situés près du pont Laviolette. «Ce type de bateau glisse sur la glace et crée des ondes de pression qui la brise. Ils sont très utiles parce que nos forces sont complémentaires, ils sont très polyvalents », rajoute-t-il. Ils ont d’ailleurs pris part à la mission de déglaçage sur la rivière Nicolet le 26 février dernier.

Équipé de différents radars, cartes et caméras qui lui permettent une surveillance omniprésente des glaces, l’Amundsen effectue une reconnaissance des glaces le matin et en fin de journée, avant le coucher du soleil. «Deux fois par jour, nous faisons un survol de notre zone de travail en hélicoptère et nous prenons des images pour analyser l’état des glaces. Notre spécialiste en glace transmet ces données à Environnement et Changement climatique Canada, qui les rend accessibles à la population sur le site www.marinfo.gc.ca», mentionne M. Gariépy.  

Le brise-glace amasse également de l’information sur l’état des glaces et la diffuse à la population. «Nous communiquons avec la Sécurité civile lorsque les glaces s’amincissent ou lorsqu’il y a une situation plus dangereuse pour les rives, afin qu’elle avertisse les propriétaires de cabanes de pêche par exemple», précise le commandant Gariépy.

Parallèlement aux missions de déglaçage, l’équipage collabore aux opérations de sauvetage en cas de besoin. «Si des cabanes à pêche, navires, ou autres embarcations sont en difficulté, nous dépêchons des secours pour les assister», fait-il valoir.

Évidemment, l’Amundsen n’est pas le seul à assurer ces mandats variés. La zone entre Grondines et l’Île-aux-Coudres, ainsi que celle entre l’Île et Matane possèdent aussi un brise-glace. Deux navires sont assignés entre Matane et Terre-Neuve, deux autres sont postés dans les Grands Lacs et trois couvrent les rives atlantiques des ports locaux des régions maritimes.