«Il faut planifier ce qui arrivera avec nos renseignements numériques comme on le fait avec notre maison et nos enfants. C’est important d’ajouter une liste de nos mots de passe à notre testament et d’indiquer ce que nous aimerions qu’il advienne de nos différents comptes», souligne Jean-Michel Vanasse, blogueur techno pour Transcontinental.
Cette notion de testament virtuel fait tranquillement sa place considérant que l’utilisation des médias sociaux s’intensifie d’année en année.
Selon les derniers résultats de NETendances 2011 sur les médias sociaux, publiés le 20 septembre 2011, la participation des internautes dans les réseaux sociaux est passée de 34% en 2009 à 48% en 2010. Toutes les tranches d’âge sont présentes sur les réseaux sociaux.
Les 18-24 ans présentent le plus haut taux de fréquentation avec 84%, suivi par les 25-34 ans avec 68% et les 35-44 ans y sont avec 52%. Les gens âgés de 45 à 54 ans fréquentent les réseaux à 42%, le pourcentage baisse à 31% chez les 55-64 ans et les 65 ans et plus sont présents à 20%.
«Notre vie virtuelle et «normale» sont de plus en plus liées. Je ne vois plus de différence entre les deux. Notre vie virtuelle fait partie de nous, d’où l’importance de planifier ce qu’on veut faire avec elle», indique M. Vanasse.
Inventaire virtuel
Du côté des notaires, la question du legs de la vie virtuelle n’est pas encore monnaie courante. Toutefois, Me Bertrand Salvas, expert en droit des technologies de l'information, pense que cet aspect sera plus fréquent d’ici les cinq prochaines années. «Je pense que notre empreinte virtuelle sera une question commune comme c’est le cas pour notre maison, nos REER, nos enfants, … À ce jour, on n’en entend pas encore parler. Nous sommes rendus au niveau de la sensibilisation afin d’informer les gens sur ce qu’il adviendra de leur vie virtuelle», explique-t-il. Selon lui, il importe de faire un inventaire de nos biens sur le Web que ce soit nos actifs et nos documents professionnels ou notre vie sociale sur les réseaux comme Facebook et Twitter. «De cette façon, on peut mesurer notre empreinte. Ensuite, on doit vérifier les politiques des sites Internet en cas de décès et voir si ça concorde avec ce que l’on souhaite faire», mentionne Me Salvas. La question de la mort virtuelle est sans intérêt pour certains puisque leur utilisation est sans conséquence, mais pour d’autres la question de la propriété de données est essentielle car des informations importantes se retrouvent sur la toile. «Si on prend par exemple un musicien, il peut enregistrer ses chansons sur Internet. Il ne voudra pas que les données soient effacées sans que sa succession ait une copie», ajoute Me Salvas. «Au début lorsqu’Internet est entré dans nos vies, notre utilisation était plus sobre. Depuis l’apparition du Web 2.0, nos activités professionnelles et sérieuses se retrouvent sur la toile. C’est pourquoi il est important de se questionner sur ce qui va se passer une fois que nous sommes décédés», pense Me Salvas.
Lieu de recueillement
Dans des cas de décès accidentel, il n’est pas rare de voir les gens témoigner leur affection à une personne décédée sur la page Facebook. «Certains voient Facebook comme une façon de garder contact avec l’autre. On peut comparer ce comportement à la visite de la pierre tombale pour se recueillir», soulève M. Vanasse. En précisant dans son testament comment l’on souhaite que notre vie virtuelle soit gérée, on peut mentionner si on veut fermer nos comptes, faire apparaître un message pour informer de notre mort ou même indiquer notre volonté de garder notre compte actif.
«Coffre-fort» virtuel
Des entreprises ont vu le jour sur le Web afin d’aider à la gestion de notre mort numérique. Quelques sites permettent de conserver les mots de passe, les photos et les courriels des abonnés dans des «coffres-forts» virtuels. «Au-delà de ces sites, je pense que la méthode la plus efficace reste de faire affaire avec un notaire. Rien ne prouve que les sites Web sont là pour durer et rien ne nous dit que nos données ne seront pas revendues. Je ne fais pas confiance à ces sites», confie M. Vanasse.

