Les sentinelles sont des bénévoles spécialement formés et soutenus pour reconnaître et accompagner des personnes présentant des risques suicidaires dans différents milieux de vie. « En d'autres mots, ce sont des ressources susceptibles de recevoir des confidences ou d'être témoin de signaux laissant croire à un comportement suicidaire », explique Hélène Roy, directrice générale du Centre prévention suicide les Deux Rives.
Suzanne Boucher est une sentinelle de la MRC de Bécancour qui a reçu la formation offerte par le Centre de prévention suicide et accréditée par le ministère. «Comme j'œuvre au sein d'un comptoir alimentaire, je fréquente très souvent des gens qui vivent de grandes épreuves et des situations difficiles. Ce que la formation de sentinelle m'a apporté, c'est un filet de sécurité. Maintenant, je sais être à l'affût des signaux et surtout, je sais comment réagir face à ceux-ci», affirme-t-elle.
Bien que les sentinelles ne soient pas appelées à faire des interventions auprès des personnes en détresse, elles sont formées à aller au-devant de celles-ci dans le but de les guider vers l'aide appropriée. Ainsi, si la sentinelle croit avoir détecté les signes avant-coureurs, elle téléphone à la ligne prévention-suicide et de là, les intervenants s'occuperont du suivi avec la personne dans le besoin, avec son consentement. Bien souvent, un continuum de services sera assuré en collaboration avec le CSSS afin de référer l'individu à un professionnel de la santé qui saura l'aider avec la problématique vécue. « En fait, le but est d'aller cibler les personnes aux prises avec des idées suicidaires qui n'iraient pas normalement chercher de l'aide auprès des ressources en place. Pour toutes sortes de raisons, ce sont des personnes qui s'isolent ou qui ne savent tout simplement pas où se diriger », souligne Manon Toupin, médecin-conseil pour la Direction de la santé publique.
C'est pourquoi le Centre de prévention suicide recherche actuellement des personnes intéressées à devenir sentinelles. « Dans la région, nous avons 21 sentinelles réparties dans la Commission scolaire, dans les Caisses Desjardins, à la FTQ et au Centre d'action bénévole. Maintenant, nous cherchons notamment des gens œuvrant dans le milieu agricole, qui sont en contact avec des agriculteurs, car ces derniers font souvent partie de la clientèle qui va moins chercher d'aide. On pense à des vétérinaires, des agronomes, des comptables, etc. Bref, des gens qui sont susceptibles de recevoir des confidences révélatrices, souligne M. Roy. Mais nous sommes aussi en quête de personnes dans tous les milieux de travail.»
En 2002, on enregistrait un taux de 28,4 décès par suicide par 100 000 habitants en Mauricie et au Centre-du-Québec. Ce taux tombait à 19,7 par 100 000 en 2008. Bien que les chiffres soient heureusement à la baisse, les intervenants insistent sur la nécessité de maintenir la vigilance au plus haut niveau, puisque la région accuse toujours un écart important avec le Québec. Le réseau de sentinelles vise à apporter une vigie ciblée dans les groupes et milieux particulièrement à risque.
Les personnes intéressées à suivre la formation de sentinelle sont invitées à appeler au 1-866-277-3553.
