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La chicane prend au Patrimoine canadien

La chicane prend au Patrimoine canadien

La chicane prend au Patrimoine canadien

Richard Cléroux
Publié le 27 Février 2009
Publié le 15 Avril 2010
Richard Cléroux  RSS Feed
Le Flambeau de l'Est

La Bataille des Plaines d’Abraham s’est transportée au Parlement d’Ottawa cette semaine devant le Comité du patrimoine. Après une demi-heure dans la salle ça rasait tourner en vraie bataille.

Sujets :
Comité , Patrimoine canadien , Commission des champs de bataille nationaux , Canada , Ontario , Québec

Le Comité avait été convoqué afin d’obtenir des explications d’André Juneau, Président de la Commission des champs de bataille nationaux. Mais entre temps, Juneau avait décidé d’annuler toute l’affaire. Donc il fallait une nouvelle cible pour les parlementaires.

Celui qu’on a surnommé «le petit messager » du Premier ministre, c’est-à-dire son secrétaire parlementaire, Pierre Poilievre, un Anglophone de Nepean-Carleton, a fait une sortie en règle contre le Bloc.

Il a accusé les députés bloquistes de se servir des fonds des contribuables pour financer des « extrémistes » tels que Pierre Falardeau et Patrick Bourgeois en achetant des publicités dans le journal «Le Québécois».

Poilievre brandissait un exemplaire du journal en criant : «c’est ici, c’est ici, dans le journal.» « C’est de la bullshit, c’est de la bullshit » criait le Bloquiste Roger Pomerleau. L’ironie du vocable anglais n’a échappé à personne.

Le président du Comité, Gary Schellenberger, un Conservateur du sud de l'Ontario n’osait pas aider Pomerleau à améliorer son français parlé.

Dans l’auditoire, certains spectateurs se tordaient de rire.

André Juneau, par son témoignage, a eu l’air d’un parfait innocent plein de bonne volonté mais qui s’était aventuré dans une affaire risquée sans prendre garde.

Juneau, un forestier de profession, a été nommé par Jean Chrétien juste avant le référendum de 1995.

Il a nié que la reconstitution avait été organisée pour faire de la propagande pour le fédéral, mais il admis avoir déjà eu accès à un fonds de 1,2 millions $ de « commandites » par l’entremise d’un certain Alfonso Gagliano. Il a aussi avoué avoir eu accès à un autre 5 millions $ d’un organisme connu sous le nom de « Unité Canada. »

C’était assez pour que le Bloc monte aux barricades. Même le Libéral Pablo Rodriguez semblait un peu scandalisé.

Juneau a expliqué sa décision d’annuler le spectacle. Après avoir reçu environ 150 courriels de menaces il craignait pour la sécurité des milliers d’invités et de touristes américains venus pour participer à la reconstitution.

Dans un langage fort imagé, il a raconté au Comité comment un visiteur américain inconscient, toujours vêtu de son uniforme rouge de soldat britannique, pourrait déambuler au centre-ville de Québec pour prendre un verre.

Juneau n’a pas eu besoin de finir son histoire de taverne… on peut s’imaginer le reste.

Juneau a ajouté que lorsque le nouveau gouvernement de Stephen Harper est arrivé au pouvoir, il n’a pas demandé d’annuler la reconstitution de la bataille. Et que lorsque les Péquistes étaient au pouvoir à Québec ils n’ont pas dit un mot, eux non plus.

La Commission des champs de bataille nationaux organise des événements sur les Plaines pour des groupes scolaires, depuis 1992, sans incident. Plus de 200,000 écoliers en ont profité.

Juneau a dit que le but n’était jamais de « fêter » la conquête des Anglais sur les Français, mais de faire mieux connaître l’histoire aux jeunes et d’attirer des milliers de touristes américains dans la Vieille Capitale avec les retombées économiques que cela présuppose.

Le député NPD Thomas Mulcair a demandé à Juneau s’il se rendait compte que fêter la Conquête pouvait raviver les tensions entre gagnants et perdants. Mulcair a souligné qu’au Canada anglais l’événement était souvent perçu comme la fête de la Conquête.

Pour aider à Juneau à mieux comprendre le feu avec lequel il jouait, le député Pomerleau lui a demandé ce qui arriverait si les Allemands demandaient à la France de reconstituer leur entrée à Paris, ou si les Japonais demandait aux Américains la permission de reconstituer l’attaque sur Pearl Harbor. Juneau n’avait pas eu besoin de répondre.

Et si ce n’était pas une fête, lui a-t-on demandé, pourquoi organiser un « bal masqué? » Juneau a répondu qu’à l’époque il y avait des bals masqués trois fois par semaine organisés par l’intendant Vaudreuil, au grand désespoir de Montcalm. Juneau voulait rester fidèle à l’histoire.

En fin de compte, c’est Juneau a appris une bonne leçon d’histoire cette semaine.

Pendant que nos élus étaient en train de refaire l’histoire de la Nouvelle France, et de se lancer des grosses bêtises par la tête, à l’extérieur du parlement, les Canadiens se préoccupaient bien plus d’où viendra leurs prochains chèques de paie.

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