Cela me questionne énormément : je crains qu’on confonde LE politique et LA politique. Au vu des faits, la menace que représente la fracturation est au-dessus de toute partisanerie et on se doit d’élever le débat qu’importe les allégeances.
Les milliers de citoyens de toutes formations politiques et de toutes nationalités qui se sont informés et mobilisés sur cette question le savent. Les gaz de schiste, c’est faire courir des risques pour l’eau potable, pour la santé des humains et des animaux. C’est aussi une fracture sociale, qui génère de la pauvreté, détruit des milieux de vie, provoque la misère en dévalorisant le parc foncier, en abîmant et en obstruant les routes, en morcelant les terres. C’est une industrie qui vise les profits immédiats pour une poignée d’individus au détriment de toute une société, une industrie qui soutire des quantités faramineuses d’eau au cycle hydrologique, une industrie que dénoncent les scientifiques, et parmi eux des médecins et des vétérinaires qui ont vu de près ses effets pervers sur la santé des animaux comme des humains, une industrie qui a semé ruine et désolation là où elle s’est installée, une industrie qui se place au-dessus des lois et méprise les citoyens.
Le gaz de schiste, une question politique? La question, c’est de savoir quelle sorte de traces nous laisserons derrière nous. Les gaz de schiste, c’est l’antithèse du progrès et d’un devenir meilleur pour nous-mêmes et pour ceux qui viendront après, c’est une remise en question de la croissance et du développement en milieu rural.
Il y a à peine deux ans, personne n’aurait pu imaginer que des industriels, fussent-ils avides d’argent et de profits, auraient pu représenter une telle menace, non seulement ici, mais pour la planète toute entière. Il y a deux ans, cela était inimaginable, probablement pour vous tout comme pour nous, et en cela je comprends qu’on en ait peu ou pas fait de cas.
Aujourd’hui, la réalité nous rattrape, pire que le pire des cauchemars et il faut réagir en puisant dans nos valeurs et dans notre humanité. Avons-nous besoin d’un tel gâchis? Nous avons, certes, besoin d’énergie mais avec des technologies déjà au point, celle-ci peut être produite à partir de ressources renouvelables, voire même inépuisables : le soleil, le vent, l’énergie marémotrice, le bio-compostage, la géothermie, l’hydro-électricité et j’en passe, c’est là qu’est notre avenir. Plier devant les diktats de ceux qui n’ont cure de nous détruire en s’enrichissant à court terme ne fera pas de nous de meilleurs êtres humains et nous entrainera à coup sûr vers des chemins impraticables.
La question, c’est : saurons-nous, pacifiquement et démocratiquement, nous tenir debout, tous ensemble, pour mettre le holà à cette industrie qui nous laisserait exsangues et sans ressources après au plus une quinzaine d’années d’exploitation?
Le temps est venu de prendre parti, monsieur le préfet, mesdames et messieurs les maires, car la suite des choses sera le reflet exact des décisions de maintenant. On accepte ou on refuse?
C’est là que le politique intervient, c’est là que des milliers de citoyens concernés comptent sur leurs élus de tous niveaux et de toutes formations pour conjurer la menace qui pèse sur eux et qui pèse aussi sur ceux qui n’ont pas encore réalisé l’ampleur de cette menace.
Je compte sur vous pour agir, à moins que … mais mieux vaut ne pas penser à cette alternative, c’est trop cruel, car pour le moment je veux croire encore que l’union des personnes de bonne volonté est possible, quelles que soient leurs fonctions au sein de la société.
Dans l’attente de décisions à la hauteur de mes préoccupations, je vous remercie de votre attention.
Ginette Gauthier
Citoyenne très inquiète
