La gestion de l’eau ne devrait-elle pas prendre en compte les valeurs économiques, sociales, récréatives, écosystémiques, environnementales, culturelles et même esthétiques ou patrimoniales; les valeurs marchandes et non-marchandes? Ne devrait-on pas reconnaître la valeur réelle de tous les services rendus par l’usage direct ou indirect de l’eau et par sa valeur intrinsèque d’existence?
L’eau a une valeur économique en contribuant aux activités de production agricole et industrielle, à la production d’énergie, à l’irrigation, à la pêche, à la navigation, à l’approvisionnement en eau domestique. Pour plusieurs de ses activités, la qualité de l’eau brute influence les coûts et on peut s’interroger sur les coûts supplémentaires exigés selon la détérioration de cette qualité. En plus de ces usages directs, plusieurs loisirs et activités nautiques profitent de l’existence de plans d’eau et sa quantité et sa qualité permettent ou non leur pratique. Pensons entre autres aux conséquences des plantes envahissantes, aux fleurs d’algues bleu-vert et autres bactéries. Indirectement, on sait la valeur sociale qu’accordent les citoyens aux abords des lacs, lorsqu’on analyse les valeurs immobilières des résidences riveraines.
Depuis quelques années, on reconnaît la valeur des services écosystémiques des milieux humides, comme habitats fauniques, dans la production d’éléments nutritifs et le recyclage des polluants et dans la protection contre les inondations. Toutefois, on évalue rarement la valeur monétaire que représentent ses services.
Et comment évaluer la valeur de la simple existence intrinsèque de l’eau comme paysage, comme élément créatif et culturel? On la photographie. On s’en inspire sur toile quand ce n’est pas sur scène. On l’intègre à nos aménagements paysagers.
Une évaluation plus appropriée de cette valeur permettrait sans aucun doute d’établir avec plus de rigueur la monétisation de l’eau, et ainsi sa tarification par des taxes ou des redevances plus adéquates et socialement plus acceptables. Les gestionnaires ne devraient-ils pas intégrer cette évaluation dans leurs décisions relatives à des politiques, des règlements, ou des projets.
En cette Journée mondiale de l’eau, ne serait-il pas intéressant de se poser la question : quelle valeur donnons-nous à cette ressource?
Par Jean-Paul Raîche
Président du COGESAF
