«Il y a des cultures qui sont perdues chez nous, comme le chou-fleur, qui en train de pourrir dans le champ. Les haricots ne sont pas très forts non plus, les plants sont jaunes, les fèves sont fragiles. Les plants de poivrons sont complètement flétris, ils n'ont pas réussi à développer de racines et on a tout récolté vert», résume Michèle Bourque, copropriétaire de la Ferme des Ormes à Pierreville. «Les champs n'ont pas séché depuis au moins trois semaines», renchérit Stéphane Bourque, aussi copropriétaire. La majorité des légumes souffrent donc de cet été, où on leur demande de pousser les pieds dans la flotte. «Quand on arrache un oignon, le trou se remplit instantanément d'eau», illustre Michèle Bourque, dont les étalages de légumes sont cependant remplis et pimpants, au petit comptoir de la ferme. «Ce qui est cueilli est de très bonne qualité», explique Pierre Duplessis, lui aussi producteur maraîcher, à Bécancour. «Le problème cette année, ce n'est pas la qualité de la production, c'est la quantité. Le maïs est très beau, mais il est petit. Les poivrons, les tomates, les haricots, ça ne donne pas de gros rendements, mais les fruits sont beaux», affirme-t-il, mettant la faute sur les intempéries quasi quotidiennes connues depuis el début de l'été. «Il a plu tellement souvent que j'ai des champs qui ne sont même pas ensemencés. Le chou chinois, par exemple, qu'on sème fin juillet, j'ai pu en faire seulement 25% et là c'est terminé. Même pour le maïs sucré, les superficies sont réduites et les semis n'ont pas tous levé à cause de la température», détaille Pierre Duplessis, prévoyant déjà un mauvais bilan final. «Le mal est fait pour beaucoup de cultures. Il faudrait plusieurs semaines de beau temps juste pour bien sécher la terre», lance-t-il. Stéphane Bourque, de la Ferme des Ormes, pense la même chose. «Les jeux sont faits, ça ne sera pas une bonne année. Il ne faut quand même pas que les gens pensent qu'ils n'auront plus rien à manger, mais il faut qu'ils soient conscients que la situation est la même pour tous les maraîchers du Québec: la production est insuffisante, les légumes seront plus chers», prévoit-il.
«Il n'y a pas de catastrophe encore»Pour Sylvain Rheault, de l'Union des producteurs agricoles du Centre-du-Québec, la situation n'est effectivement pas rose. «Pour les maraîchers, ce n'est effectivement pas jojo. Les champs sont pleins d'eau alors ils ne peuvent pas faire de sarclage, le rendement va diminuer et dans le cas des légumes racines, c'est de l'inconnu. Est-ce qu'ils vont résister à toute cette humidité?», explique-t-il. «Pour le foin aussi c'est difficile. Beaucoup ont choisi de faire de l'ensilage au lieu du foin sec parce que c'était trop humide.» Par contre, les cultures de bleuets connaissent une excellente année. «Il faut au moins que certaines choses aillent bien. Pour le bleuet, c'est exceptionnel! Et puis, quand on se compare on se console: dans l'Est du Québec, on sait qu'il y a des régions où le maïs n'a même pas poussé. Quand on sait ça, on se dit qu'ici ce n'est peut-être pas si mal!», philosophe-t-il. Pour Luc Couture, du ministère de l'Agriculture, la situation générale est difficile mais l'été n'est pas complètement perdu. «Il n'y a pas de catastrophe encore. Ça va bien en général dans le maïs. Pour les fourrages, ceux qui ont coupé avant le 15 juin ont eu une belle coupe. Les fraises ont eu un peu de pourriture, mais quand même une belle récolte. Pour les framboises par contre, c'est plus difficile et on surveille la maladie», résume-t-il. «D'après ce que j'ai su, côté climat, c'est l'est du territoire qui a été le plus affecté. Il y a eu trois ou quatre épisodes de grêle en juillet à Fortierville et à Parisville, et ça a fait du dégât», conclut-il.