Toujours membre de l’Ordre des ingénieurs, l’ex-fonctionnaire qui a travaillé 33 ans à la Ville a réaffirmé regretter « amèrement » ses gestes.
« Mes amis, mes parents, mes enfants, m'ont pardonné. Moi, je ne me pardonnerai jamais d'avoir fait ça », a-t-il ajouté, avouant toutefois qu’il n’était « pas désagréable de partir en voyage, de jouer au golf et de recevoir des sommes d’argent. »
Malgré les outils en place pour se sortir de cette situation, comme les groupes d’aide aux employés, une ligne éthique anonyme ou le vérificateur général, il a reconnu que ce n’était « pas dans [son] intérêt d’alerter personne ».
Il a aussi expliqué qu’aucun de ses supérieurs, soit Gilles Vézina, Yves Themens ou Robert Marcil, n’a été en « mode solution » pour tenter de régler la collusion et la corruption, bien connues au sein du département.
« Tout le monde le faisait », a-t-il ajouté.
Contre-interrogatoire
Gilles Surprenant est revenu pendant son contre-interrogatoire sur une citation de Frank Catania qu’il avait altérée lors de son premier témoignage, jeudi dernier. Lundi, il était revenu sur cette déclaration, affirmant que l’entrepreneur lui avait dit : « Les gens qui nous empêchent de manger, on les élimine », et non « on les tasse ».
L’ex-fonctionnaire a expliqué à Me Martin St-Jean, l’avocat de la Ville de Montréal, qu’il avait modifié sa version des faits par crainte de représailles. Des peurs qui le hantent depuis 20 ans.
« J’ai toujours peur, mais je suis ici pour dire la vérité », a-t-il expliqué.
Gilles Surprenant a aussi admis s’être rendu par la suite dans le bureau de Frank Catania, sachant très bien qu’il toucherait un pot-de-vin, son premier. Il avait toutefois affirmé plus tôt cette semaine qu’il ignorait la raison de la rencontre.
Depuis cette journée de 1988, il aurait touché 736 000$, selon les calculs de la Commission, 136 000$ de plus que son estimation initiale. Il a tenté d’expliquer cet écart en affirmant que ses approximations étaient souvent à la hausse lorsqu’ils ont épluché les 88 contrats truqués.
Repenti
Il a aussi affirmé qu’il était un nouvel homme, honnête, depuis six mois, même s’il a vendu sa maison meublée à sa fille pour un dollar. Son domicile, rénové avec l’argent des pots-de-vin, a une valeur de 350 000$ sur le marché.
M. Surprenant a affirmé ne pas avoir pensé s’il s’agissait d’une fraude à l’égard des possibles créanciers.
« Quand j’ai su que je venais ici, on m’a parlé d’immunité complète. Je n’étais pas certain de mes affaires, j’ai vendu la maison à ma fille. Ça sera leur héritage », a expliqué M. Surprenant.
Me Michel Dorval, l’avocat du parti Union Montréal, est aussi revenu sur les propos de M. Surprenant qui avait expliqué avoir joué au Casino pour retourner l’argent des pots-de-vin dans les coffres de l’État.
« - Si vous aviez gagné le gros lot? a demandé Me Dorval
- C’est une question hypothétique?
- Ça ne vous est pas venu à l’idée de faire des dons anonymes à la Ville?
- Non, ça ne m’est pas venu à l’idée. »
Gilles Surprenant a aussi précisé qu’il se rendait environ cinq fois par semaine jouer avec les machines à sous pour « perdre volontairement » son argent.
L’ex-fonctionnaire a conclu son passage à la commission Charbonneau en s’excusant auprès des Montréalais. « Je regrette ce que j’ai fait », a-t-il dit.
Impossible de savoir qui témoignera lundi prochain, le porte-parole de la commission affirme ne pas connaître le « secret ».
