Si la marche a connu un départ plutôt calme et silencieux, les choses ont rapidement changé en cours de route. Après avoir emprunté plusieurs petits chemins de campagne, le cortège qui est parti de l’Hôtel de ville de Bécancour, en a eu assez de passer inaperçu et a décidé de poursuivre sa route en prenant d’assaut l’autoroute 30. Cette décision imprévue et inattendue n’a cependant causé aucun problème majeur, si ce n’est que certains automobilistes ont vécu quelques désagréments et quelques frustrations.
Jugeant la situation dangereuse pour les marcheurs, les policiers ont tenté de faire dévier la foule vers une route secondaire, après quelques minutes passées sur l’autoroute. Cette intervention policière s’est toutefois avérée être un échec. Visiblement énervés de se faire barrer la route par des voitures de police et des agents, les marcheurs ont lancé insultes et jurons avant de passer au travers du blocage. Outre cet épisode, la marche de solidarité en appui aux travailleurs de Gentilly-2 s’est déroulée dans le calme et la paix.
Comme toute bonne manifestation, pancartes et slogans étaient de mise. Quelques citoyens ont usé d’imagination pour exprimer leurs pensées et leurs inquiétudes sur de grands cartons. On pouvait notamment lire «Craignons les décisions de Marois, pas G-2», «Je suis vert et pour le nucléaire», «Non à l’exode de 800 familles» et «Perdre nos acquis sans raison, c’est non». À quelques reprises, la foule s’est emballée et a scandé des slogans de tout genre. «Dans la rue avec nous» et «On s’en va chez nous» étaient de ceux que l’on pouvait entendre, bien qu’ils furent de courte durée.
Des citoyens révoltés
Accompagnés de leurs amis, de leur famille ou même de leur chien, les citoyens avançaient d’un pas ferme et décidé. La mobilisation aura permis à certains de faire des rencontres agréables et de partager différents points de vue. Très vite, de petits groupes se sont formés et on pouvait entendre les gens échanger entre eux. Parmi les sujets qui ont animé leurs discussions, Pauline Marois a été une cible inévitable. «Quand je vois tout ce monde-là, je me dis que tout ce monde-là va bientôt quitter la région», se désole Julie Michaud, conjointe d’un employé de l’usine et mère de deux jeunes enfants. Non loin derrière elle se tenait Colette Fortin dont le conjoint travaille lui aussi pour Gentilly-2. «Je comprends l’inquiétude des gens. On a la centrale chez nous, alors pourquoi ne pas la garder. C’est dommage parce que, inévitablement, ça va entraîner l’exode de nos jeunes qui vont perdre leur emploi.»
«La centrale, économiquement parlant, c’est primordial pour la région, croit un homme dans la cinquante. En plus qu’on sait que c’est de l’énergie propre. Je suis choqué de la décision du gouvernement. C’est complètement ridicule.»
Des nombreux travailleurs interrogés par Le Courrier Sud, très peu ont voulu commenter la situation. Un électricien et mécanicien, préférant garder l’anonymat, y sont allés de courtes déclarations. «C’est sûr qu’on ne s’attendait pas à voir autant de monde aujourd’hui et on est très contents de l’appui de la population», a dit l’un.
Son collègue a pour sa part été plus agressif en lançant, sur un ton empreint de colère : «Bien bon pour Pauline! Qu’elle se prépare au prochain budget, elle va voir qu’elle va redescendre de son nuage et qu’elle va revenir sur Terre.»

