Selon le responsable des collections au Centre de la Biodiversité du Québec à Bécancour, Pierre Bergeron, une migration importante se déroule cet été dans un corridor délimité entre les villes de Gatineau et de Victoriaville. «On a connu un début de saison très chaud, c’est ce qui a fait en sorte que plus de larves ont éclos et qu’il y a donc plus de papillons que d’habitude», explique-t-il. Toutefois, même après recherches, il n’est pas en mesure de démystifier le phénomène. «Je n’ai jamais vu ça auparavant, s’étonne-t-il. C’est une première.»
Fins observateurs et amoureux de la nature, ne vous méprenez pas. Ce que vous voyez en masse, bien qu’ils soient de couleur orange, ne sont pas tous des monarques. L’espèce qui domine, en cette saison estivale, est le papillon Belle-Dame. À première vue, les deux insectes semblent identiques, mais c’est en prêtant attention que l’on s’aperçoit que le papillon monarque est beaucoup plus gros que son confrère. La taille du premier peut atteindre huit à dix centimètres, alors que la Belle-Dame ne fait que cinq centimètres. Agriculteurs, rassurez-vous. La présence en grand nombre de la Belle-Dame n’affectera en rien vos récoltes, car la chenille de ce papillon ne mange que des feuilles de la plante de chardon.
À la recherche de chenillesMarguerite Nourry est de ceux qui ont une réelle admiration pour la nature. Il y a environ 12 ans, elle a commencé à s’intéresser aux papillons. De fil en aiguille, son amour pour cet insecte est devenu une passion. Du temps qu’elle enseignait en cinquième année à l’école Curé-Brassard de Nicolet, elle aimait faire découvrir à ses élèves ce petit animal souvent méprisé. Et quoi de mieux pour apprendre que d’observer. Quelques jours avant le début des classes, Mme Nourry partait à la recherche de chenilles. Une fois la cueillette terminée, elle les déposait dans un contenant transparent et les amenait à son travail. «T’imagines la joie des enfants quand ils voyaient apparaître un papillon, raconte-t-elle le sourire aux lèvres. C’était intéressant pour eux parce qu’ils pouvaient voir toutes les étapes du processus, de la chenille au papillon. Après ça, les jeunes se mettaient à chercher des chenilles partout.» Même à la retraite, Marguerite Nourry ne cesse de transmettre ses connaissances et sa passion pour cet insecte. Elle en a même fait une affaire de famille. Ses petits enfants, Philippe et Laurie, sont maintenant passés maîtres dans l’art de trouver des chenilles. À la maison, ils ont une collection impressionnante. «J’ai environ 65 chenilles de papillon monarque et 40 chenilles de papillons du céleri», énumère le jeune garçon de 12 ans. Lui et sa petite sœur de 11 ans sont aux petits oignons avec leurs animaux. Avec leur père, ils leur ont construit une petite maison à l’extérieur. Parmi leurs responsabilités, ils veillent à ce que les chenilles ne manquent jamais de nourriture. «Une chenille mange à peu près 4 feuilles par jour», explique Philippe. À la fin de l’été, quand tous les papillons se seront envolés vers le Mexique, Laurie et Philippe auront accompli leur mission et c’est avec impatience qu’ils attendront la venue de la prochaine saison estivale… tout comme leur grand-mère!

