Les marcheurs ont pris leur départ à 10h. Un premier groupe est parti de l’Hôtel de ville de Bécancour, alors qu’un deuxième avait pour point de départ l’Église de Gentilly. Deux heures plus tard, après avoir parcouru une dizaine de kilomètres chacun, les cortèges se sont rejoints sur l’avenue des Cendrés, face aux installations de l’usine, pour entendre les discours des élus de la région.
La mairesse de Bécancour, Gaétane Désilets, a été la première à prendre la parole. Elle a d’abord tenu à remercier toutes les personnes présentes pour la solidarité dont elles ont fait preuve en étant du nombre. «Le nouveau gouvernement se dit à l’écoute, ouvert au dialogue et veut éviter les confrontations; il a la chance de passer de la parole aux actes», a déclaré Mme Désilets.
Elle a une fois de plus sommé le gouvernement de Pauline Marois de lui fournir toutes les données économiques et environnementales rattachées à la fermeture de l’usine et à sa réfection. Ce faisant, elle affirme qu’elle sera en mesure d’évaluer la situation et d’agir en conséquence. «Le gouvernement doit nous transmettre ce que nous demandons depuis les annonces de Mme Marois sur Gentilly-2. Il doit absolument nous fournir toutes les études et informations disponibles afin que l’on obtienne des réponses à de nombreuses questions.»
Gaétane Désilets a conclu en réitérant, devant la foule et les journalistes, sa demande de rencontrer la première ministre le plus rapidement possible. «C’est très important qu’elle comprenne notre point de vue. On veut que Bécancour soit écoutée, respectée et supportée.»
Donald Martel à la défense des travailleurs
Quant à lui, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a promis de faire entendre la cause des employés de la centrale et de leurs familles à l’Assemblée nationale. «Je veux dire aux travailleurs qu’on est derrière eux et qu’on va les supporter. Je m’engage à amener le dossier à Québec.»
M. Martel a ensuite posé trois questions à la foule en affirmant que ce sont les réponses de celle-ci qu’il présentera devant les membres de l’Assemblée. Les marcheurs ont été clairs : ils trouvent anormal que des gens ayant été assermentés ministres depuis moins de douze heures prennent la décision de fermer la centrale. Ils sont choqués de la façon dont se comporte le gouvernement et souhaitent une commission parlementaire pour faire la lumière sur le dossier de la centrale.
«Le gouvernement est irresponsable» - Yves Lévesque
C’est d’un ton ferme que le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, s’est adressé aux 6 000 personnes réunies. «On n’a pas marché seulement pour les 800 employés, on a marché pour la région au complet, a-t-il lancé d’entrée de jeu. Le gouvernement du Québec a pris une décision irresponsable et improvisée. Il a refusé de rencontrer le comité d’action stratégique parce qu’il n’avait pas toute l’information pour nous rencontrer.»
Bien que la première ministre ne semble pas vouloir faire marche arrière, M. Lévesque demeure optimiste quant aux chances que Mme Marois revienne sur sa décision. «On n’est pas imbéciles, on est logiques et si la décision est logique, on va l’accepter. Je reste convaincu que la décision logique, c’est de rénover la centrale.»
Le maire accuse Pauline Marois de gérer en fonction d’idéologies et de groupes de pression environnementalistes. «Je trouve ça épouvantable d’avoir un gouvernement qui penche en faveur des groupes de pression qui ne sont pas la majorité du monde. Six mille personnes aujourd’hui, c’est un message clair au gouvernement. Si on avait un doute pour la sécurité de nos enfants, on ne serait pas autant ici.»
La Chambre de commerce derrière les travailleurs
Le moment venu pour lui de prendre la parole, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Cœur-du-Québec, Jean-Denis Girard, s’est dit touché de voir que six mille personnes se sont unies pour défendre une même cause. «J’ai pris la défense de Gentilly-2 parce que j’y crois, a-t-il affirmé haut et fort. Pour moi, c’est important; peu importe ce qu’il va être fait, on va aller jusqu’au bout pour défendre votre dossier.»
Le dernier mais non le moindre à prendre le micro a été le président du Syndicat des employé-e-s de métiers d’Hydro-Québec, Richard Perreault. «Au nom de tous les grands syndicats d’Hydro-Québec dans la province, on est pour la réfection de Gentilly-2», a-t-il déclaré. M. Perreault déplore la décision du Parti québécois, qui selon lui «s’est faite sur une méconnaissance totale de l’énergie nucléaire au Canada». Le rassemblement s’est par la suite terminé sur une note d’espoir avec les cris de la foule, plus motivée de jamais à se faire entendre.

