L'abandon par l'être humain de lieux autrefois habités, utilisés, qui aujourd'hui sont laissés à eux-mêmes, baignés par une ambiance d'une inexplicable et enivrante quiétude. Deux endroits pourtant à l'antipode l'un de l'autre, une église et une usine désaffectée, qui par le vide intérieur qui les habite, semblent vouloir crier leur histoire à travers les lentilles inquisitrices des photographes Éric Dupuis et Sol Lang.
C'est ce que propose le Musée des Religions du monde jusqu'au 25 avril prochain à travers le parcours photographique «Sanctuaires», qui entraîne les visiteurs dans une profonde réflexion sur la désertion.
Les premières photographies qui croisent le chemin des visiteurs sont celles d'Éric Dupuis, qui s'est faufilé à l'intérieur d'églises et qui a saisi des clichés où les essences de bois sont à l'honneur, illuminées par des rayons de lumière naturelle qui semblent maintenant avoir pris possession des lieux désertés par une société croyante qui était, il n'y pas si longtemps, très pratiquante. «Je trouve fascinant de m'arrêter un moment et de me questionner sur le rôle qu'ont ces lieux de culte aujourd'hui. Plusieurs sont vendus, dénués de leurs symboles religieux et transformés en condo luxueux.»
Ainsi, le photographe positionne sa caméra au cœur même de lieux perçus d’emblée comme des sanctuaires. «D’autres valeurs, d’autres rituels, semble-t-il, meublent le paysage social. Alors à quelles fins servent, de nos jours, ces objets sacrés, ces icônes, ces institutions, leurs édifices et leurs symboles ?», se questionne-t-il.
De son côté, Sol Lang plonge dans la tranquillité qui émane d'une usine désaffectée, aujourd'hui détruite, qui semble à première vue si hostile. «C'est par hasard que j'ai découvert cet endroit. Puis, je n'ai pu m'empêcher d'y être attiré à plusieurs reprises. À chaque fois, le sentiment que le temps s'y arrêtait m'imprégnait», explique-t-il.
Si les photos de Lang dégagent sans contredit la réalité crue du laissé-pour-compte, elles la dégagent surtout dans toute sa plénitude. «Ce qui me fascinait, c'était toute cette lumière qui semblait vouloir donner vie à cet espace abandonné. Pour un artiste, comme moi et les graffiteurs qui nous y rendions souvent pour y exercer notre art, c'était réellement un espace sacré où l'on pouvait se recueillir et donner vie à notre inspiration.» Ainsi, Lang interprète à travers son objectif ce qui, pour lui, définit le sacré, soit une accalmie baignée d'une luminosité aux éclats quasi divins.
Enfin, si la désertion est ce qui émerge au premier abord de Sanctuaires, on en ressort avec la certitude que malgré les cicatrices du passé, certains lieux sauront toujours, à leur manière, donner un sens à leur abandon.
